Les documents déclassifiés de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), remis aux juge chargés de l'enquête sur les tueries de Toulouse et Montauban, accréditent la piste islamiste et l'influence cruciale du frère de Mohammed Merah dans la radicalisation du tueur au scooter.
Les documents déclassifiés de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), remis aux juge chargés de l'enquête sur les tueries de Toulouse et Montauban, accréditent la piste islamiste et l'influence cruciale du frère de Mohammed Merah dans la radicalisation du tueur au scooter. - afp.com

B.D. avec AFP

Mohamed Merah, le tueur de Toulouse et Montauban, était décrit en 2010 par la DCRI comme la «nouvelle recrue» des islamistes toulousains, selon les documents de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), déclassifiés début août par le ministère de l'Intérieur. Il était surveillé et connu des services de renseignements depuis 2009, et était même une «cible privilégiée» des services depuis septembre 2011, rapporte Le Parisien ce jeudi. Le service évoquait, fin 2011, «un comportement inquiétant» du jeune homme.

«Ces 23 pages de rapports confidentiels apportent la preuve que le tueur à scooter (...) constituait une cible privilégiée pour la DCRI pour sa proximité avec des islamistes radicaux toulousains clairement idéntifiés, tout comme son frère Abdelkader», indique le quotidien qui a pris connaissance des documents. En effet, dès 2009, Mohamed Merah et son frère aîné Abdelkader font l'objet de plusieurs notes de «suivi de la mouvance salafiste radicale toulousaine» et d'une surveillance suivie de la part des services de renseignement, la DCRI.

«Une nouvelle génération d'islamistes toulousains»

Selon un document déclassifié datant de cette année-là, Mohamed Merah rejoint en Egypte, au Caire, son frère AbdelKader, islamiste radical, pour y apprendre l'arabe. La DCRI voit alors en Mohamed Merah «la nouvelle recrue toulousaine désireuse d'étudier dans les instituts coraniques du Caire». L'islamisation de Mohamed Merah coïncide avec «l'arrivée d'une nouvelle génération d'islamistes toulousains en 2010», explique Le Parisien. Un groupe avec «des convictions intactes et une détermination renforcée», selon les rapports.

Abdelkader Merah était quant à lui apparu dès 2007 sur les fichiers de la police après avoir été impliqué dans une filière d'acheminement de jihadistes en Irak, via la Syrie. Son nom avait été cité à de nombreuses reprises dans ce dossier qui a débouché sur un procès et huit condamnations deux ans plus tard. Mais le frère aîné de Mohamed Merah, placé un temps en garde à vue, avait été mis hors de cause.

«Double menace directe et indirecte»

Selon les enquêteurs, Abdelkader a fait alors des voyages en Egypte en coordination avec un des principaux mis en examen de la filière islamiste toulousaine, Sabri Essid, le fils du compagnon de sa mère. Il y est rejoint par son frère avec lequel il vient de se réconcilier après une brouille de 18 mois. Identifié en 2010 comme «nouvelle recrue» de l'islamisme radical toulousain, Mohamed Merah apparaît plus directement sur les radars de la DCRI après son arrestation, fin 2010, en Afghanistan.

Il assure aux services de contre-terrorisme afghans «visiter des statues de bouddhas détruites par les talibans», mais son arrestation interpelle les renseignements intérieurs français. Ils pointent dans un rapport «un individu au lourd passé délinquant en phase de radicalisation». Mohamed Merah aurait ensuite «reintégré le noyau salafiste local». Il poursuit ses allers-retours au Pakistan et en Afghanistan. Fin 2011, au retour d'un voyage au Pakistan, il est interrogé par la DCRI.

Dans un document rédigé en décembre, la DCRI relevait «un comportement inquiétant». Les enquêteurs s'inquiétaient alors de «la double menace directe et indirecte des militants revenant des zones sensibles», dont Mohamed Merah. Indirecte car «ils peuvent susciter des vocations» et directe car «ils peuvent revenir avec pour instructions de créer des réseaux de soutien ou d'accueil logistiques ou de conduire des actions armées». «La DPSD (direction de la protection et de la Sécurité de la Défense, ndlr), est sensibilisée sur ce dossier Mohamed Merah», indique la note.