L'abbé Pierre, qui aurait 100 ans le 5 août, est resté une "conscience" pour la société même si les pouvoirs publics semblent l'avoir un peu oublié, soulignent le Mouvement Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre, qui poursuivent son combat contre la pauvreté et l'exclusion.
L'abbé Pierre, qui aurait 100 ans le 5 août, est resté une "conscience" pour la société même si les pouvoirs publics semblent l'avoir un peu oublié, soulignent le Mouvement Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre, qui poursuivent son combat contre la pauvreté et l'exclusion. - Philippe Huguen afp.com

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L'abbé Pierre, qui aurait 100 ans le 5 août, est resté une «conscience» pour la société même si les pouvoirs publics semblent l'avoir un peu oublié, soulignent le Mouvement Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre, qui poursuivent son combat contre la pauvreté et l'exclusion.

Longtemps personnalité préférée des Français, l'abbé Pierre, né Henri Grouès en 1912, «reste une conscience pour beaucoup. Notre société a besoin de telles personnes, pour éviter de s'enfermer dans l'individualisme», estime Patrick Doutreligne, président de la Fondation Abbé Pierre, qui lutte contre le mal-logement.

Si le fondateur des chiffonniers d'Emmaüs (devenus ensuite les communautés d'Emmaüs), sa barbe et sa capeline noire, restent présents dans les esprits, c'est notamment pour son appel du 1er février 1954 sur les ondes de Radio Luxembourg, qui marque le début de sa notoriété et de son combat: «Mes amis aidez-moi, une femme vient de mourir gelée cette nuit à 03H00».

Décédé le 22 janvier 2007, l'abbé est toujours une référence pour le grand public, et encore plus pour les membres des 116 communautés Emmaüs, dont beaucoup de Compagnons ont des anecdotes sur leur rencontre avec lui et où «son portrait est partout», explique Christophe Deltombe, président d'Emmaüs France.

«Son message a été oublié»

Mais du côté des pouvoirs publics, «son message a été oublié», regrette Patrick Doutreligne, «on est rentré dans une logique purement économique, où les loyers et les charges locatives ont explosé».

«Le problème du logement a été piétiné. Il y a un déficit évident en matière d'hébergement, et malgré quelques efforts, l'exclusion s'est accrue», résume Christophe Deltombe.

«L'abbé Pierre me disait toujours: "est-ce que je n'ai pas travaillé pour rien?", raconte Patrick Doutreligne, certain cependant que «la situation serait pire si on ne l'avait pas eu».

«Indigné avant le mouvement des Indignés», le fondateur d'Emmaüs, célèbre pour ses «coups de gueule», était un véritable «aiguillon» pour les pouvoirs publics, rappelle Patrick Doutreligne. «Notre objectif est de continuer à interpeller et à montrer ce qui ne va pas», ajoute le président de la Fondation Abbé Pierre, dont le dernier «Rapport annuel sur le mal-logement» en février tirait la sonnette d'alarme sur les 3,6 millions de mal-logés.

Dernier coup d'éclat médiatique, l'ancien footballeur Eric Cantona, parrain de la Fondation, s'est lancé dans la course aux parrainages pour l'élection présidentielle, afin de placer la question du mal-logement sous les projecteurs.

A l'origine de la loi contre les expulsions hivernales

«On garde à l'esprit son slogan: la misère ça ne se gère pas, ça se combat», ajoute Christophe Deltombe. Outre le mal-logement, Emmaüs se bat pour les sans-papiers, les détenus sortant de prison, les familles endettées, le développement durable ou contre les expulsions locatives.

L'abbé Pierre est notamment à l'origine de la loi contre les expulsions locatives hivernales, promulguée en 1998, et de la loi sur le Droit au logement opposable (DALO), votée un an après sa mort.

Cette dernière «a créé une obligation pour le gouvernement», souligne Christophe Deltombe, mais «les résultats sont très en dessous des espérances», ajoute Patrick Doutreligne.

«Le problème n'est pas d'accéder à un droit, mais à un logement», insiste-t-il, estimant que «l'abbé Pierre aurait encore de bonnes raisons de pousser des coups de gueule».

«Il avait une facilité à ne jamais se contenter. (...) C'était parfois décourageant, mais il avait raison, c'est le vrai moteur. Tant qu'il y aura plus de trois millions de mal-logés, on n'a pas le droit de s'en contenter».