Le sénateur UMP et maire de Woippy (Moselle) François Grosdidier, le 31 mars 2011.
Le sénateur UMP et maire de Woippy (Moselle) François Grosdidier, le 31 mars 2011. - POL EMILE/SIPA

Propos recueillis par Enora Ollivier

Le conflit entre Jean-Louis Masson et François Grosdidier, tous deux sénateurs UMP de Moselle, vient de monter d’un cran. Le premier a porté plainte lundi contre le second, qu’il accuse d’avoir fomenté un complot sexuel pour le déstabiliser. «Le seul truc, c’est de le faire coucher avec une mineure. Il y a que ça», lance en effet l’accusé lors d’une réunion, il y a quelques mois, selon un enregistrement diffusé par Marianne. Mis en cause, François Grosdidier donne sa version des faits à 20 Minutes.

Dans quelles conditions s’est déroulée la réunion dont «Marianne» a diffusé l’enregistrement?

Il y a quelques années, un type est venu me voir. Un homme brillant, un ingénieur financier avec beaucoup d’humour mais qui s’est révélé être un vrai escroc. Il m’a proposé des solutions d’emprunt à l’étranger pour ma ville, mais les affaires d’emprunts toxiques battaient leur plein à l’époque, je me suis méfié et j’ai rejeté sa proposition. Il est revenu me voir, il s’intéressait de très près à mon conflit – connu de tous – avec Jean-Louis Masson, m’assurait qu’il mettait en cause mon fils. Il me disait: «On ne peut pas laisser faire Masson». C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la réunion.

Vous reconnaissez donc les propos tenus?

Je suis entré dans son jeu pour déconner, pour voir jusqu’où il pourrait aller. Cet homme est complètement mytho! Je me souviens avoir bien ri lors de cette réunion, et après. Evidemment, quand il m’a parlé de mettre à exécution ces projets, j’ai dit qu’il n’était pas question de le faire. Mais ce qui a été diffusé, ce sont des bribes de conversation montées, et pas l’entretien dans son intégralité.

Jean-Louis Masson parle pourtant de «début d’exécution» du complot…

Je pense qu’il a écrit le scénario du début à la fin! Jean-Louis Masson est un esprit brillant, mais c’est un champion de la manipulation.

Jean-Louis Masson dit posséder l’enregistrement depuis 2011  mais ne l’avoir donné à la justice qu’après la plainte pour agression de Patrick Malick [un entrepreneur au cœur d’un dossier de partage illicite de marchés mettant en cause François Grosdidier]…

C’est une fumisterie complète! Malick est un escroc, qui est en conflit avec tout le monde. J’ai cru rêver en lisant que j’aurais envoyé des barbouzes l’agresser. Mais je vois comment les choses s’enchaînent. Si je possédais la preuve de menaces contre moi, je n’attendrais pas un an pour aller devant la justice.

Dans quel but Jean-Louis Masson aurait-il cherché à vous nuire?

Il éprouve pour moi une haine irrationnelle. Il a été à 30 ans le député le plus diplômé de France, il se voyait ministre, puis Premier ministre, puis président de la République dans les années 2000. Mais il s’est pris les pieds dans le tapis à cause de manipulations et de coups tordus. Politiquement, il a tout raté, et il vit ça comme une injustice profonde. Moi, je n’ai jamais eu de plan de carrière. Alors ma réussite, il la ressent de façon d’autant plus injuste.

Vous avez déposé plainte?

Mon avocat y travaille, mais oui, cela va être fait dans la journée. Je voudrais que les investigations révèlent comment Jean-Louis Masson a eu l’enregistrement, et de quelles bribes d’enregistrement il dispose.

UPDATE 01 juillet 2012: L'avocat de Patrick Malick nous fait parvenir ces précisions: «Contrairement à ce qu'affirme M Grosdidier, M. Malick est un entrepreneur honnête qui n'a jamais comparu devant un tribunal correctionnel. Il a simplement dénoncé des ententes dans les marchés publics mosellans. Ce n'est donc pas un escroc.»