Illustration permis de conduire: Contrôle de gendarmerie à Nemours (Seine-et-Marne), le 3 juin 2006.
Illustration permis de conduire: Contrôle de gendarmerie à Nemours (Seine-et-Marne), le 3 juin 2006. - SEL AHMET/SIPA

Nicolas Bégasse

Trois accidents de la route ayant provoqué plusieurs morts et blessés graves ont eu lieu le week-end dernier en France. Leur point commun: un conducteur sans permis était à chaque fois impliqué.

Une conjonction d’événements qui pose questions. Les conducteurs sans permis sont-ils nombreux sur le territoire français? Sont-ils plus dangereux que les autres? Et comment doivent se comporter les pouvoirs publics face au phénomène?

La première chose à savoir sur les conducteurs sans permis, c’est que c’est un groupe hétérogène. L’Observatoire national interministériel de sécurité routière (Onisr) estime qu’ils étaient environ 450.000 en 2010 sur 37,5 millions d’automobilistes, 410.000 en 2009 sur 27,5 millions d’automobilistes et 400.000 en 2008 sur 36 millions d’automobilistes. Parmi eux, 70% n’ont jamais passé le permis. Les 30% restant se partagent entre ceux qui ont un permis non-valable (souvent des conducteurs de deux-roues qui n’ont pas le permis adapté à la catégorie de leur véhicule) et ceux qui ont perdu le permis à la suite d’une ou plusieurs infractions.

Dangerosité nuancée

«La moitié de ces gens-là ont perdu six points d'un coup, en commettant une infraction grave, comme le chauffard parisien de ce week-end», décrit pour 20 Minutes Vincent Julé-Parade, vice-président de Victimes et citoyens. Pour lui, «continuer à rouler après avoir perdu son permis traduit une dangerosité certaine». Le conducteur sans permis est-il plus dangereux que le conducteur lambda? Oui et non, selon les chiffres de l’Onisr. Si seulement 2,2% des conducteurs sans permis sont impliqués dans des accidents corporels et 3,8% dans des accidents mortels, leurs accidents sont souvent plus graves. «Soit un accident mortel pour dix accidents corporels lorsqu’au moins un conducteur est sans permis, contre un accident mortel pour 18 accidents corporels si tous les conducteurs ont leur permis», souligne l’Onisr.

L’autre dangerosité des conducteurs sans permis, c’est leur caractère «multi-infractionniste», remarque l’Onisr. Selon ses derniers chiffres, la présence d’alcool, notamment, est constatée chez 30% des conducteurs sans permis impliqués dans un accident, une proportion qui monte à 44% pour la population s’étant fait retirer le permis. La même proportion passe à 6% pour les détenteurs du permis de conduire.

«Faciliter l’accès au permis»

Une population hétérogène, difficilement quantifiable et une dangerosité nuancée, autant de raisons qui font qu’aucune grande campagne d’information n’a été lancée pour sensibiliser sur le sujet. De plus, selon Vincent Julé-Parade, «communiquer sur le problème, c’est s’exposer à créer une polémique avec les anti-permis à points, ce à quoi le gouvernement entend échapper». Mais selon lui, «ça n’empêche pas que le problème doit être pris en considération». Avec deux axes: insister sur l’importance des contrôles de papiers, et sensibiliser les conducteurs, souvent jeunes, n’ayant jamais passé le permis. «Il faut les informer des risques qu’ils encourent, et leur faciliter l’accès au permis, qui est aussi une aide à l’insertion sociale.»