Alexandra Shevchenko (à gauche), Anna Hutsol (au centre) et Inna Shevchenko (à droite) sont trois membres permanents de mouvement féministe ukrainien Femen.
Alexandra Shevchenko (à gauche), Anna Hutsol (au centre) et Inna Shevchenko (à droite) sont trois membres permanents de mouvement féministe ukrainien Femen. - REUTERS / FEMEN / REUTERS

Les féministes ukrainiennes de Femen sont de passage à Paris pour y préparer la création d’un camp d’entraînement international pour leurs futures recrues du monde entier. Anna Hutsol, fondatrice et leader du mouvement, Inna Shevchenko et Alexandra Shevchenko, activistes  et formatrices, sont trois des quatre membres à temps plein de l’organisation. Elles ont raconté à 20 Minutes leur engagement, leurs combats et le choix de la protestation topless.

Comment décririez-vous Femen en quelques mots?

Inna Shevchenko
Femen est une armée de femmes soldats qui se battent pour la liberté et le droit des femmes. Nous sommes une organisation féministe, nous avons les mêmes combats que les féministes classiques, mais nous voulons être le sang nouveau du féminisme. Nous pensons que le féminisme classique est mort. Des intellectuelles s’asseyent, parlent entre elles mais ne changent rien. Nous voulons un féminisme de rue, un féminisme en action. Nous sommes une nouvelle génération de féministes, nous voulons occuper le monde avec un nouvel activisme.

Anna Hutsol
Crise financière, culture, problèmes sociaux, politique, religion, dictature, marché du sexe... Nous combattons le patriarcat dans le monde.

Comment vous perçoivent les autres organisations féministes?

Alexandra Shevchenko
Soutiens, critiques, il y a un peu de tout. Mais souvent, les critiques viennent de l’incompréhension. Quand on explique nos choix, elles comprennent notre mode d’action et reconnaissent que nous sommes de vraies féministes.

Combien êtes-vous?

Inna Shevchenko
En Ukraine, il y a 40 activistes aux seins nus. Des femmes d’âges, d’apparences, de milieux sociaux différents. Mais Femen n’est plus seulement un mouvement ukrainien, cela devient un mouvement international.

Anna Hutsol
Sur Internet, nous avons environ 100.000 soutiens.

Les activistes Femen qu’on voit lors de vos actions sont jeunes, jolies... Est-ce un critère pour faire partie de Femen?

Alexandra Shevchenko
Nous voulions créer une nouvelle image du féminisme, plus attractive pour les femmes ukrainiennes qui ne savent pas ce qu’est le féminisme. Elles pensaient que les féministes sont des femmes qui ressemblent à des hommes, ont de la moustache, détestent les hommes. Tout le monde a envie de regarder des jolies femmes, mais personne ne s’attend à ce qu’elles aient quelque chose à dire. Nous avons choisi d’en jouer.

Anna Hutsol
Il faut rappeler que Femen a été créé en Ukraine, où les femmes sont très souvent grandes, blondes et font attention à leur apparence. Mais nous voulons jouer de ce paradoxe: maintenant les «Barbie» combattent.

Inna Shevchenko
Avant, les belles femmes nues étaient forcément des mannequins, des prostituées, ou des pornstars. Maintenant ce sont des combattantes qui ne veulent pas vous séduire, mais vous faire peur et vous faire passer un message. Nous voulons créer des images qui soient belles et marquantes, mais il n’est pas nécessaire d’être mannequin pour faire partie de Femen, il y a des activistes de toutes apparences physiques. La mère d’une des nôtres nous a même rejointes, elle a 64 ans.

Qui a eu l’idée de manifester seins nus?

Inna Shevchenko
C’est difficile à dire. Quand Femen a été créé en 2008, nous ne manifestions pas topless. Nous organisions de grands événements mais personne ne prêtait attention ni à nous, ni aux problèmes des femmes. Et un jour, en 2010, nous avons enlevé nos t-shirts...

Anna Hutsol
C’était nécessaire de changer notre stratégie pour quelque chose de plus radical. Il fallait attirer l’attention pour rendre notre message audible.

Vous ne regrettez pas de devoir montrer vos seins pour être entendues?

Inna Shevchenko
Si, mais nous savons que ce n’est qu’un moyen pour attirer l’attention sur les problèmes des femmes.

Alexandra Shevchenko
Aujourd’hui, nous avons des activistes aux seins nus dans tous les pays du monde. Ça nous conforte dans l’idée que nous avons bien fait.

Certaines d’entre vous ont été malmenées, arrêtées, voire kidnappées comme Alexandra. C’est difficile de faire partie de Femen?

Inna Shevchenko
Oui, c’est difficile. Particulièrement dans notre pays, l’Ukraine. Aujourd’hui nous avons huit procédures criminelles en cours. Les autorités ont de quoi nous mettre en prison pour cinq ans. Mais en Pologne aussi, pendant l’Euro de football, nous avons été suivies en permanence par les services secrets. Nous pourrions être tuées, mais nous ne comptons pas arrêter.

Alexandra Shevchenko
Nous sommes habituées à tout ça. Nous avons l’habitude d’être suivies, arrêtées, kidnappées... Mais nous sommes assez fortes pour vivre avec. Nous avons fait le choix de faire partie de Femen, nous avons rompu avec notre entourage (parents, proches, petits amis) et parfois perdu notre emploi.

Comment est financé Femen?

Inna Shevchenko
Nous avons deux sources de revenus. Nous avons des donations, qui viennent de partout dans le monde, mais sans avoir de réel sponsor. Les dons sont d’ailleurs parfois anonymes. Et nous essayons aussi de développer un magasin en ligne Femen, sur lequel nous vendons des objets aux couleurs de notre mouvement.

Alexandra Shevchenko
Nous avons eu de nombreuses propositions de soutien par différents partis ukrainiens, qui ont essayé de nous acheter. Ils nous ont proposé des locaux, en échange d’actions contre leurs ennemis politiques. Nous avons refusé.

Mots-clés :