Capture d'écran de Google Street View montrant la bijouterie dans laquelle un braqueur a été abattu, le 19 juillet 2012 à Paris.
Capture d'écran de Google Street View montrant la bijouterie dans laquelle un braqueur a été abattu, le 19 juillet 2012 à Paris. - 20 MINUTES

Oihana Gabriel

La légitime défense ne fait aucun doute pour les commerçants voisins du bijoutier soupçonné de meurtre. Jeudi, autour de 15h, un bijoutier d’une soixantaine d’années a tiré par balles sur un individu qui braquait sa boutique de l’avenue de la Motte-Piquet avec une arme de poing. Au lendemain du drame qui a touché le quartier huppé d’Ecole militaire, dans le VIIe arrondissement parisien, les commerçants expriment leur soutien à leur collègue bijoutier.

«Il était à deux doigts de partir à la retraite»

Ce vendredi après-midi, le bijoutier était toujours en garde à vue et entendu par le 3e district de la police judiciaire. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’agresseur était seul et le bijoutier, détenteur d’un permis de port d’armes, aurait tiré «au moins deux fois» sur son agresseur. Ce petit commerçant, bien implanté, vendait de l’or et des pierres précieuses.

De l’avis général de ses voisins, ce petit commerçant, père d’un fils d’une quarantaine d’années, se montrait aimable et discret. «Il portait sa gentillesse sur le visage, explique une voisine. Je l’entendais parler à ses clients avec courtoisie, parfois il prenait un de mes colis quand j’étais absente… C’est vraiment malheureux que cela soit arrivé à un bijoutier qui ne demande rien à personne. Tout ça pour voler sa caisse…»

«Vers 15h, on a vu la police arriver, entrer dans la bijouterie l’arme au poing et encercler tout le quartier, raconte un employé d'un hôtel, qui travaille près de la bijouterie. Au début, on pensait que c’était le bijoutier qui était à terre… Il était veuf, et à deux doigts de partir à la retraite. Les policiers nous ont demandé si l’hôtel avait une caméra de surveillance mais nous n’en avons pas.» Le quartier est resté fermé jusqu’au soir. A 19h seulement, la dépouille du voleur a été sortie par les forces de l’ordre.

Aucun doute sur la légitime défense

Pour ses voisins, cet homme sans histoire n’a fait que se défendre. La question de la légitime défense, fondamentale dans ce cas plutôt rare, n’est pas encore tranchée. Pour qu’il y ait légitime défense, il faut que la réponse soit immédiate et proportionnée.

«J’ai tout vécu en direct, raconte un voisin. On a entendu un orage, puis le calme. On a été voir la devanture, la bijouterie semblait normale, je me suis dit qu’il était dans l’arrière-boutique et que les cris venaient des appartements au dessus. Et dix secondes après, j’étais dans une boutique mitoyenne quand j’ai entendu une détonation sourde et le mur a vibré. En sortant, j’ai vu un homme gisant au sol dans son sang, j’ai appelé le 112.»

«C’était d’une extrême violence, résume une voisine. Vu le bordel qu’on a entendu, on pouvait penser qu’ils étaient cinquante, renchérit une collègue. J’ai vu ses gestes paniqués, je pense qu’il n’avait sincèrement aucune volonté de le tuer. D’ailleurs, s’il a visé l’épaule, c’était sans doute dans l’intention de l’immobiliser.»

La question du port d’armes

Si ce drame a jeté un froid, il n’a pas inquiété outre mesure les collègues du bijoutier. «C’est vrai que ça ne rassure pas de voir ce genre de braquage en plein jour, avoue Myriam, vendeuse dans une sandwicherie voisine. Mais nous avons des commissariats tout proches. D’ailleurs, les policiers sont arrivés en quelques minutes.»

«C’est un quartier quadrillé, ajoute Julien, qui travaille dans une boutique voisine. François Fillon habite à 500 mètres, les militaires passent toute la journée. Il y a des rumeurs: certains auraient remarqué des personnes en repérage près de la bijouterie. Mais je ne pense pas qu’il y ait un sentiment d’insécurité.»

Pour une employée d’un hôtel de l’avenue de la Motte-Piquet, la question du port d’armes doit être soulevée. «Je suis étonnée que les gens pensent unanimement que c’est une bonne chose qu’il ait eu une arme. Je pense que sans cette arme, il n’aurait pas un mort sur la conscience. Munir les commerçants de taser, de bombes lacrymogènes, pourquoi pas…»