Mohamed Merah: «Toi et ton directeur, vous auriez pu empêcher ce massacre»

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Publié le 17 juillet 2012.

TERRORISME - «20 Minutes» a sélectionné des extraits des quatre heures de conversation entre Mohamed Merah et les policiers, publiées par «Libération» ce mardi...

Cent soixante-treize pages, plus de quatre heures d’enregistrement. Le quotidien Libération a publié ce mardi sur son site Internet (édition payante) la transcription quasiment intégrale – deux passages jugés «choquants» par le journal pour les familles et les discussions en arabe n’y figurent pas – des discussions entre Mohamed Merah et deux policiers, l’un du Raid, l’autre de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) de Toulouse. Ces échanges du mercredi 21 mars ont été enregistrés entre 7h34 et 22h44 sur le téléphone d’un policier. Les trois hommes communiquaient par talkie-walkie. Extraits.

A plusieurs reprises, Merah qui semble être détendu veut savoir comment les policiers sont remontés jusqu’à lui.

«MOHAMED: Là, là, quand vous, par rapport aux premières attaques, je voulais dire quand, quand, comment vous avez fait le lien? […] Est-ce que vous m’avez suivi, comment, comment ça s’est passé? Explique-moi.
NÉGOCIATEUR DCRI: Tu sais au début pas trop, parce que c’était encore tout frais, y avait pas trop d’indices, mais c’est [à] l’école israélite qu’on a commencé à faire le lien avec une possible attaque des moudjahidines quoi.»

Il apparaît, au fil de la discussion, que Merah ne s’était pas aperçu du dispositif dressé le mardi soir autour de son appartement. Quand le RAID intervient aux alentours de 3h du matin, le mercredi, il est déjà réveillé…

«MOHAMED: Comme je dormais pas, je m’étais légèrement assoupi sur le canapé et je regardais la télévision, et c’est à ce moment-là que j’ai entendu du bruit, t’as vu, la porte en bas, j’ai entendu et en général, comme je suis au premier j’entends tout t’as vu, j’ai vu que la porte ét- a été ouverte et euh, et que la lumière n’a pas été allumée. J’ai trouvé ça louche, donc […] je me suis approché de la porte et j’ai entendu des chuchotements et des bruits. Et à ce moment-là, j’ai pris mon arme qui était avec moi […]C’est là que j’ai tiré mais j’étais pas sûr au début, je savais pas si c’était vraiment la police.»

Déterminé, le tueur au scooter soulève les erreurs des policiers, et notamment d’Hassan, le brigadier toulousain de la DCRI, chargé de le suivre. Ce dernier, qui tente d’obtenir sa reddition va dans son sens en l’amadouant…

«MOHAMED: Toi et ton directeur, vous allez vous faire taper sur les doigts. […] Vous auriez pu empêcher ce massacre. […] Sache que si vous auriez été un peu plus malins, vous aurez appelé des cyber-policiers là, comme vous les appelez t’as vu, vous aurez regardé depuis où j’ai envoyé mes mails. J’ai fait beaucoup d’erreurs. […] Je pensais vraiment que j’allais me faire arrêter à cause de ces e-mails.[…] J’étais en pleine zone tribale dans le Waziristan et j’ai envoyé des e-mails à ma mère pour lui dire que j’allais bien, pour pas qu’elle s’inquiète. Rien que ça, vous auriez su d’où il vient l’e-mail, vous auriez vite compris que j’étais dans les zones tribales.
NÉGOCIATEUR DCRI Ah tu sais on va se faire engueuler, on est pas aussi bon que toi, pas aussi rusé.»

Le policier de la DCRI en profite pour comprendre l’état d’esprit de son interlocuteur. Il lui demande ce qu’il a ressenti lorsqu’il a tué pour la première fois le militaire toulousain.

«MOHAMED: […] C’est… c’est on va dire éprouvant la première fois, hein. […] Et psychologiquement, heu, j’étais fatigué t’as vu. […] Et heu, voilà, dès que la deuxième fois j’ai, j’ai, j’ai vu que j’en avais tué trois […] Je ressentais mon cœur apaisé. Et heu je, et comme il était apaisé je voulais refaire ça à chaque fois et… Et le fait de récidiver dans les opérations, je me sentais de mieux en mieux.
NÉGOCIATEUR DCRI: Donc tu montais en puissance au niveau de ta confiance à chaque fois que tu commettais un acte quoi.»

L’action judiciaire à l’encontre de Mohamed Merah s’est éteinte à sa mort, jeudi 22 mars lorsqu’il a été abattu par le Raid. Mais son frère Abdelkader, lui, est mis en examen pour complicité d’assassinats. Les policiers recherchent d’autres membres de son entourage qui auraient pu être déterminants dans son passage à l’acte, quitte à lui avoir apporté un soutien logistique. A plusieurs reprises, les négociateurs tentent de savoir s’il a des complices. Merah reste sur sa position. Il dit qu’il est le seul au courant…

«NÉGOCIATEUR DCRI: Et, est-ce que tu t’es confié un peu ? […].
MOHAMED: […] Personne est au courant que ce soit dans ma famille ou ailleurs parce que je savais que j’allais bientôt opérer, et je pouvais pas me permettre de le divulguer afin que… je me fasse pas arrêter gratuitement.[…]
NÉGOCIATEUR DCRI
: Dis-moi, […] le frère Abdelkader, lui bon, il a rien à se reprocher et, qu’est-ce que t’as à me dire sur lui là? […]
MOHAMED Tu sais très bien comment c’est moi et mon frère. Tu me connais, tu sais très bien que moi et lui, c’est comme TOM et JERRY, on est chat et chien tu vois. Tout le temps on s’embrouille. Quand on se réconcilie, ça dure pas longtemps t’as vu et. Comme je t’ai dit, t’as vu, mon objectif était de, d’attaquer en solitaire t’as vu, afin de, d’être entièrement autonome. Et parce que voilà, le fait de m’allier avec quelqu’un, voilà, il peut y avoir une tension entre les deux et que ça se casse comme la plupart du temps. Donc voilà, moi j’en ai parlé à personne pour que je sois sûr que ça marche.»

Quelques passages plus légers émaillent les discussions. Sans doute la volonté des négociateurs d’obtenir la confiance du forcené…  Un aveu aussi de la proximité entre le brigadier de la DCRI et Merah. Ce dernier a-t-il été pris au sérieux par le renseignement intérieur ?

«NÉGOCIATEUR DCRI: Et donc en tout, t’as récolté combien d’argent en tout, avec toutes ces opérations, heu, de filouterie à droite à gauche? Combien t’as récolté à peu près?
MOHAMED: Je sais pas, peut être une, 20, 30 000 euros.
NÉGOCIATEUR DCRI: Holà y a pas moyen de me dépanner là? J’ai pris un crédit pour immobilier là […] ? [rire]
MOHAMED: Vas-y fais toi plaisir y a 5000 euros dans une CLIO garée quelque part.
NÉGOCIATEUR DCRI: Ben on les partagera ensemble voilà, quand je viendrai te voir je prendrai un café avec toi au parloir. [rire]
MOHAMED: LOL.»

Devant la détermination de Mohamed Merah, les policiers n’obtiendront pas sa reddition. Il s’en explique, quelques instants avant de se retrancher dans sa salle de bain pour la nuit entière…

«MOHAMED Je peux pas me livrer comme ça, tu vois, en caleçon, déposer les armes et me rendre, t’as vu. Je peux pas tu vois, j’ai pris du recul j’ai réfléchi et, je vous disais que c’était bon mais au fond de moi je savais que j’allais pas me rendre, t’as vu. […]Je sais ce que vous allez faire, vous allez rentrer et vous allez m’abattre.
NÉGOCIATEUR RAID Non! C’est pas le cas du tout.
MOHAMED […] Depuis ce matin quand je vous ai demandé du temps, c’est, c’était surtout pour, pour reprendre de l’énergie parce que j’avais pas dormi j’étais très fatigué.»

William Molinié
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