«La plupart des animateurs de Minitel Rose étaient des hommes»

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Publié le 29 juin 2012.

TÉMOIGNAGE - Stéphane, internaute de «20Minutes», a été animateur de Minitel Rose pendant 8 ans. Il nous raconte son expérience...

Des souvenirs du Minitel, les internautes de 20 Minutes sont nombreux à ne retenir que son versant Rose : l’ancêtre des sites de rencontres, avec un très fort penchant sexuel. Stéphane* fait partie de ces internautes. C’est normal, il a été animateur de Minitel Rose pendant 8 ans.

Stéphane, 32 ans, originaire de Sud-ouest, a contacté la rédaction de 20 minutes, pour nous raconter son parcours. Entre 2000 et 2008 («jusqu’à ce que l’entreprise soit délocalisée en Roumanie»), il a échangé avec plus de trente clients en simultané, sur plusieurs pages de Minitel Rose. Hommes, femmes, jeunes, vieux, hétéro, homo, sadomasochistes etc.

«C’est le Minitel Rose qui m’a choisi»

L’équivalent de 1.200 euros nets. A 20 ans, voilà ce qui a motivé Stéphane à rejoindre le Minitel Rose.  Sur l’annonce, bien sûr, rien ne présageait de ses missions. C’est à l’entretien d’embauche qu’on lui a expliqué qu’il aurait toute la journée à parler sexe avec des hommes (pour l’immense majorité).  «Pas de problèmes!»  pour le jeune homme. «Au début c’est étrange, après, il s’agit juste de raconter des phrases éphémères (…) Les premiers mois, j’ai appris énormément. Après la perversion devient la norme» lâche-t-il.

«Salut tu suces?»

«Mon employeur avait une vision assez archaïque de la chose» regrette Stéphane. Il fallait parler sexe et de manière crue et directe, de préférence. Sauf que Stéphane, lui, «aime bien écrire». Alors il a envisagé l’animation comme un «jeu». «J’essayais de tout faire pour ne pas que le client comprenne que j’étais un animateur. Le client me disait «Salut tu suces?» Je l’envoyais chier. Et 30 minutes après, il revenait et ça repartait sur une discussion bien grasse.» 

«J’ai découvert le quotidien d’une femme attirante»

Oui, car l’immense majorité des clients «y vont comme des brutes». Tous les clichés de la drague lourde sont réunis. «Aucune classe, pas la moindre recherche de feeling» assure Stéphane. «J’ai découvert le quotidien d’une femme attirante», résume l’ancien animateur.

Les femmes elles, sont en fait rarissimes dans le milieu. «Ce travail est essentiellement assumé par des hommes (…) Quelques femmes assuraient seulement la permanence téléphonique». Une «tromperie» que  la plupart des clients ignoraient, selon lui. «Sur le Minitel, les gens étaient un peu moins informés qu’aujourd’hui sur Internet (…) Certains semblaient réellement surpris lorsqu’ils commençaient à avoir des doutes.» A ce moment là, il y a les contrariés, qui se déconnectent brutalement. Et les autres, juste là pour échanger, sans doute les préférés de Stéphane.

«Certains veulent un peu parler perversion, juste pour une petite branlette»

Stéphane dit avoir «pris l’animation de Minitel Rose du côté littéraire». «Dans un trip SM, je préférais décrire l’ambiance (imaginaire) autour de moi, plutôt que de parler sexe directement. Sans être dans une démarche proustienne pour autant». Stéphane y croit dur comme fer. Il casse le mythe du client en simple recherche de rencontre. «Certains veulent un peu parler perversion, juste pour une petite branlette». Après ça, client et animateur sont bien disposés à parler philosophie toute la nuit.  (C’est arrivé une fois à Stéphane).

Philosophe, Stéphane est un peu assistante sociale aussi. «Sur la plan humain, c’était fascinant. Ça m’a permis de voir des facettes de l’être humain que les gens cachent». Un exutoire, presque à vocation utilitaire, selon Stéphane. «Ça permet à tout un public isolé de s’exprimer. Le Minitel Rose est un excellent «draineur de perversion».

«Aujourd’hui en entretien d’embauche, j’évite de rentrer dans les détails»

Des pratiques sexuelles pas ordinaires, voire parfois totalement déviantes. Malgré tout cela, Stéphane assure avoir toujours assumé son métier. Devant ses compagnes successives, sa famille, ses amis. En 2008, il a quitté son entreprise, et a entrepris une formation en informatique. «Absolument pas gêné par le produit» répète-t-il, mais fatigué d’une entreprise «pas évidente dans son fonctionnement et qui ne facilite pas la vie sociale». En recherche d’emploi aujourd’hui, il évite simplement d’«entrer dans les détails» de son parcours professionnel, face au recruteur.

Témoignage édité par Christine Laemmel
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