Militaires tués en Guyane: Qui sont les orpailleurs illégaux?

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Publié le 29 juin 2012.

DÉCRYPTAGE - De 10.000 à 15.000 chercheurs d'or exercent leur activité clandestinement dans le département d’outre-mer...

La mort en mission de deux militaires ce mercredi en Guyane met en lumière la lutte sans merci que se livrent depuis plusieurs années les autorités françaises et les orpailleurs illégaux. Une partie du département d’outre-mer est encore à l’état de «Far West» avec une insécurité importante, entre bandes armées racketteuses et milices informelles. 

Appelés «garimpeiros», ces chercheurs d’or, venus majoritairement du Brésil, ont essaimé par dizaines de milliers ces vingt dernières années dans la forêt amazonienne française pour s’emparer du précieux métal dont le cours ne cesse d’augmenter. «Le cours de l’or a encore pris 25% en un an et ce n’est pas près de s’arrêter», s’alarme auprès de 20 Minutes Florent Taberlet, chargé du programme écosystèmes terrestres à Cayenne pour le WWF.

Le Brésil étant peu pourvu en or, c’est donc en Guyane et au Surinam que viennent s’approvisionner les garimpeiros qui sont de 10.000 à 15.000 à exercer leur activité illégale dans le département d’outre-mer. «La Guyane est un gâteau dans lequel on pioche, mais tout est organisé depuis le Brésil», explique Florent Taberlet.

Des mineurs endettés

Si le mythe de l’or persiste encore de nos jours en Amazonie, les garimpeiros ne sont pas que des aventuriers en quête de richesse. «Ce ne sont pas fondamentalement des truands, mais souvent des mineurs endettés, c’est la seule activité qu’ils connaissent et ils sont tenus par les filières», décrit le chargé de programme au WWF. L’or est extrait en Guyane puis exfiltré directement par des colporteurs.

Les nombreux fleuves amazoniens constituent pour eux des «voies royales» pour pénétrer au cœur des terres de Guyane et franchir aisément la frontière franco-brésilienne. Malgré la mise en place de l’opération Anaconda (2004) puis Harpie (depuis 2008), les autorités françaises font face à «une filière très réactive».

Du transport fluvial au transport pédestre

En trois ans, le nombre d'actions lancées chaque année par les militaires contre les chantiers d'orpaillage illégal a pratiquement doublé, passant de 2.322 en 2009 à 4.127 en 2011, selon les autorités françaises. «On a du mal à dire si c’est efficace car le gouvernement communique sur les moyens, mais pas sur les objectifs atteints ou pas», commente Florent Taberlet.

Ces interventions changent les pratiques des orpailleurs qui utilisent des voies plus difficiles à détecter. De même, l’exploitation alluvionnaire (dans les cours d’eau) de l’or qui entraînait de la déforestation également détectable par les autorités laisse progressivement place à une exploitation primaire (dans les galeries des montagnes) plus facile à dissimuler. Dans les deux cas, l’orpaillage illégal, qui utilise du mercure et du cyanure à foison, constitue le premier facteur de dégradation environnemental entraînant par la même occasion de nombreuses maladies pour les populations locales.

Corentin Chauvel

Des solutions complexes

Pour le WWF, les solutions sont difficiles à trouver. Les filières d’orpaillage illégal ont beau être mafieuses, mêlant également de l’immigration clandestine, de la drogue et de la prostitution, les autorités françaises sont confrontées au problème de la nationalité de leurs adversaires. «En termes légaux, le fait qu’ils soient clandestins prime sur l’illégalité de leur activité. Avant de les mettre en prison, il faut d’abord les ramener à la frontière», explique Florent Taberlet.

Le WWF prône alors un développement des solutions transfrontalières entre la France et le Brésil qui a encore du mal à se montrer coopératif, ainsi qu’une valorisation de la traçabilité de l’or dont la filière est encore très opaque. «Quand on achète de l’or, il faut exiger une condition d’origine, c’est une problématique mondiale», clame Florent Taberlet.

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