Jean-Marc Ayrault, Premier ministre.
Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. - CHAMUSSY / SIPA

Maud Pierron

«On entre dans le dur. » Les socialistes en conviennent, avec la fin de la période dorée des élections et la rentrée parlementaire mardi, une séquence plus complexe s'ouvre. Et il ne suffira pas d'afficher sa normalité pour convaincre. Quelques couacs ont aussi émaillés les premiers pas de l'exécutif.

« Ils cherchent le bon tempo »
La constitution du gouvernement Ayrault II a mis en lumière le désaveu de l'ex-ministre de l'Ecologie, Nicole Bricq, favorable à l'arrêt des forages pétroliers en Guyane, remplacée par Delphine Batho, alors que, dans la foulée, les forages reprenaient. « Un mauvais signal », selon les écologistes. La ministre a été « très touchée », mais ce dossier a été « gérée avec une certaine légèreté » caractéristique de « l'éloignement durable du pouvoir », explique un cadre socialiste. Avant, Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale, s'était fait recadré pour avoir annoncé le jour de sa prise de fonction le retour à la semaine de cinq jours sans concertation. « Au gouvernement, ils cherchent le bon tempo », s'impatiente-t-on au PS. « Jean-Marc Ayrault lui-même a fait une boulette », soupire un cacique, en référence à l'annonce prématurée, vendredi, de la mort du collégien rennais et du démenti qui a suivi. Ce même cadre estime que le gouvernement est « en retrait en ce moment », notamment dans l'affaire des deux cousins disparus en Gironde. « Sans faire du Sarkozy, on pourrait montrer de l'empathie », note-t-il. « C'est l'apprentissage du pouvoir au quotidien pour de nombreux ministres sans beaucoup d'expérience et la confrontation à la réalité plus dure qu'attendu », note Pascal Perrineau, directeur de recherche au Cevipof, qui évoque « une période de réglages » après dix ans dans l'opposition. Surtout si le pouvoir a changé entre temps comme l'illustre la « boulette » de Matignon. « Les défauts qu'on imputait à Sarkozy sont les défauts de la réalité du pouvoir aujourd'hui : un pouvoir à l'ère de la com et des médias omniprésents », estime le politologue.