Un élève se recueille devant le collège de Cleunay, à Rennes, le 25 juin 2012.
Un élève se recueille devant le collège de Cleunay, à Rennes, le 25 juin 2012. - F.LEPAGE/SIPA

Nicolas Bégasse

Y a-t-il une aggravation de la violence à l’école?

Quand il était encore candidat à la présidentielle, en janvier dernier, François Hollande avait dénoncé le fait que «la violence augmente et s'intensifie», faisant valoir que sur les deux dernières années, le nombre d'incidents avait «progressé de 20%» et que «5% des établissements concentraient à eux seuls un tiers des incidents». Les chiffres officiels du gouvernement montrent en effet qu’en 2010-2011, le nombre moyen d’accidents graves dans le second degré était de 12,6 pour 1.000 élèves, contre 11,2 en 2009-2010, 10,5 en 2008-2009 et 11,6 en 2007-2008. Cependant, ces chiffres sont à nuancer, un changement de méthodologie dans leur calcul ayant eu lieu pour l’année 2010-2011, qui tend à fausser la comparaison avec les années précédentes. Spécialiste reconnu du sujet, le président de l’Observatoire international de la violence à l’école, Eric Debarbieux, affirme à 20 Minutes qu’on ne peut pas parler d’une augmentation générale de cette violence. Cette augmentation existe, selon lui, mais dans certains établissements seulement.

Le drame aurait-il pu être évité?

L'auteur soupçonné des coups mortels a évoqué «un échange de regards qui a mal tourné» pour expliquer l’altercation qui a coûté la vie ce week-end à Kylian, un collégien rennais de 13 ans. Celle-ci a démarré dans les toilettes, avant de se poursuivre dans la cour ou il y a eu échange de coups, puis strangulation.  «Ce drame n’aurait pas pu être empêché par la vidéosurveillance au sein de l’établissement, ou par la présence de policiers ou de gendarmes», estime Eric Debarbieux, ajoutant qu’il «ne faut pas non plus culpabiliser l’équipe scolaire de ce collège.» Le drame a d’ailleurs eu lieu dans un collège peu habitué à la violence. «Le risque zéro n’existe pas», conclut l’universitaire.

Que propose le nouveau gouvernement pour lutter contre la violence à l’école?

«Face aux phénomènes de violence», il faut «agir avec tous les personnels concernés: école, justice, police», avait appuyé François Hollande en janvier dernier. «C'est un travail de coproduction pour qu'il y ait compréhension de la situation et intervention commune.» Devenu Président, il a chargé son ministre de l’Education, Vincent Peillon, d’esquisser les premières mesures, et notamment la création, avant la fin de l'année, d'«assistants de prévention et de sécurité», sorte de médiateurs chargés de lutter contre les violences scolaires dans certains établissements. «C’est une des solutions, mais il faudra aller plus loin», juge Eric Debarbieux. Ces «personnels spécialisés», affectés «en permanence», seront «de l'ordre de 500 personnes» et débuteront sur le terrain «à la Toussaint ou à Noël», le temps de «les recruter et de les former», avait annoncé Vincent Peillon au début du mois de juin.

Quels travaux engager sur le long terme?

Eric Debarbieux insiste: «Il ne faut pas apporter des réponses sous la pression d’un drame. Il faut de la hauteur, ne pas être uniquement dans l’émotionnel.» Et trouver des solutions pour lutter durablement, sur le long terme, contre la violence à l’école. «Il y a un énorme chantier, celui de la formation initiale des enseignants, qui reste à repenser, voire à révolutionner. On ne s’en sortira pas sans ça», assure le spécialiste. Autre enjeu: suivre les évolutions de cette violence. C’est ce que compte faire le gouvernement, en accord avec l’Observatoire international de la violence à l’école, en organisant cette semaine à Paris une Conférence internationale sur le cyber-harcèlement.