Abolition de la prostitution: «On est dans l'idéologie, pas dans le pragmatisme»

22 contributions
Publié le 25 juin 2012.

INTERVIEW - La sociologue Françoise Gil réagit à la volonté de la ministre du Droit des femmes de supprimer la prostitution en France...

Françoise Gil, sociologue, est membre du Syndicat du travail sexuel et du collectif Droits et prostitutions. Contactée par 20 Minutes, elle réagit à la déclaration dans le JDD de la ministre du Droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem, qui souhaite l’abolition de la prostitution.

En mars, François Hollande s’est prononcé pour la suppression du délit de racolage passif. L’annonce de sa ministre est-elle une surprise?

Ce n’est pas du tout une surprise. Cela fait longtemps que des députés et sénateurs de tous bords, y compris des élus PS, se font démarcher par le Mouvement du nid, qui est dans l’idéologie anti-prostitution et pas du tout dans le pragmatisme. Si François Hollande a parlé de la suppression du délit de racolage, c’est pour mieux pénaliser le client.

Viser le client ou la prostituée: quelle différence?

Remplacer la lutte contre le racolage par la pénalisation du client, c’est très hypocrite. C’est une aberration de s’en prendre au client, j’y vois une forme de castration. Ce ne sont pas les clients qui sont à l’origine de la prostitution.

«Voir la prostitution disparaître», comme le souhaite Najat Vallaud-Belkacem, est-ce possible?

Ce n’est clairement pas possible. Ce qui est possible et ce qu’une pénalisation provoquerait, c’est une aggravation des conditions de travail des prostituées. Tout ce qui est répression amène de la précarité, de la clandestinité, des conditions de travail défavorables: plus d’agressions, de viols, un renforcement des réseaux de proxénétisme… Et puis, la ministre a-t-elle envisagé la reconversion de toutes ces prostituées? Toutes ces conséquences sont éludées, on n’est pas dans le vécu véritable des travailleurs du sexe. On fait un amalgame entre les réseaux de prostitution et la prostitution traditionnelle. Il faut lutter de manière plus intensive contre ces réseaux.

La disparition de la prostitution, est-ce souhaitable?

Pas du tout. La prostitution quand elle est volontaire peut être considérée comme un métier, avec des valeurs, des relations humaines et sociales, elle peut être bien vécue. Je ne vois pas la nécessité de la supprimer. D’autant que dans notre société, les prostituées sont utiles et sont un corollaire du mariage.

Selon le gouvernement, les réseaux proxénètes concernent «l’immense majorité» des prostituées. Qu’en est-il?

J’enlèverais l’adjectif. Cela dit, je me demande pourquoi on s’attaque à l’ensemble de la population des travailleurs du sexe plutôt qu’à cette frange des victimes du proxénétisme. C’est stupide.

Propos recueillis par Nicolas Bégasse
publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr