Un homme sans domicile fixe fait la manche à Paris, en février 2012.
 Un homme sans domicile fixe fait la manche à Paris, en février 2012. - ALFRED/SIPA

Propos recueillis par Enora Ollivier

Le collectif Les Morts de la rue a diffusé un «faire-part », recensant le nom des 264 personnes retrouvées mortes depuis la mi-décembre 2011 dans la rue – 20 personnes sont décédées depuis l’édition du document – avant un rassemblement, prévu ce mardi soir à Paris. Le président du collectif, Christophe Louis, revient pour 20 Minutes sur la situation des sans-abri, dont des centaines trouvent la mort dehors chaque année.

De quoi meurent les sans-abri dans la rue?

Dans la rue, on meurt de violences, d’isolement. Il y a aussi de plus en plus de suicides. Des personnes succombent également à des maladies mal soignées, ou décelées trop tard - des cancers par exemple. En revanche, contrairement aux idées reçues, les sans-abri meurent peu de froid – ces décès représentent 10% de l’ensemble. C’est tout au long de l’année, chaque jour, que les gens meurent dans la rue. Pas plus l’hiver que l’été. L’âge moyen de décès n’est que de 49 ans pour une personne qui vit dans la rue, quand l’espérance de vie s’élève à plus de 80 ans en France.

Sur le «faire-part» diffusé par le collectif, figurent beaucoup de morts «anonymes». Qui sont-ils?

Ce sont des personnes dont on ne connaît pas le nom, parce qu’elles ne faisaient plus appel à leurs droits sociaux, par exemple. Ou des gens qui ne se sont fait appeler que par leur surnom. Il arrive aussi de retrouver des corps des mois après le décès, quand ils ne sont plus identifiables. C’est une situation difficile pour les familles qui sont à la recherche d’un proche. Il arrive que des gens nous appellent trois ou quatre ans après le décès d’un des leurs, après avoir vu son nom un de nos faire-part. Alors quand les morts ne sont pas identifiés, cela signifie que les familles ne sauront jamais. Nous aussi, ça nous perturbe, bien sûr. Un homme ou une femme, c’est avant tout une identité.

Qu’attendez-vous du nouveau gouvernement?

De l’audace dans la politique de lutte contre l’exclusion. Le problème des sans-abri n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle. L’avantage, c’est qu’on n’a pas entendu de promesses qui ne seront pas tenues! Nous attendons donc des moyens, et également qu’on mette en place un travail avec les acteurs du secteur, notamment pour enclencher une logique du logement.

Le logement, c’est la priorité en matière de lutte contre l’exclusion?

Il faut que de nouveaux logements sociaux soient construits, c’est évident. Et il faudrait aussi que les bailleurs acceptent de louer à des personnes à plus faibles revenus. Parallèlement, nous demandons des centres d’hébergement de petite taille, ouverts toute l’année. Seulement, ces centres ne doivent pas être considérés comme une alternative au logement mais bien comme une solution d’urgence. Nous demandons aussi que l’accent soit mis sur l’accompagnement. On n’arrive pas dans la rue par hasard. Il y a un vrai effort à faire, avec les travailleurs sociaux, dans le domaine de l’insertion professionnelle ou encore de la santé.