Reha Hutin, Présidente de la Fondation 30 Millions d'Amis, le 23 novembre 2010
Reha Hutin, Présidente de la Fondation 30 Millions d'Amis, le 23 novembre 2010 - GINIES/SIPA

Propos recueillis par Lucie Romano

Médor abandonné avant le départ des vacances, en 2012, c’est encore vrai?

Chaque année, ce sont 60.000 animaux qui sont abandonnés. C’est mieux qu’il y a 30 ans où ils étaient 400.000, mais certaines personnes n’ont toujours pas conscience que leurs animaux sont des êtres vivants. Le chiffre de 60.000 n’évolue guère, ce qui change, c’est la diversité des animaux abandonnés: aujourd’hui, ce ne sont plus seulement des chats et des chiens mais des furets, des rats, des gerbilles, des hamsters… qui sont abandonnés.

Les gens ne font parfois même pas l’effort de les emmener jusqu’au refuge, ils vont en rase campagne. On trouve des chats avec l’oreille coupée pour éviter que l’on retrouve le numéro de tatouage, des chiens attachés aux arbres, des chats d’appartement relâchés en pleine nature, qui ne savent pas se débrouiller, et ne survivent pas toujours. Les gens se cachent car l’abandon d’animaux est passible de 30.000 euros d’amende et de 2 ans d’emprisonnement.

Pourquoi les gens en viennent à abandonner leurs animaux?

Ne dit-on pas «quand on veut se débarasser de son chien, on l'accuse de la rage»? Une entrée en maison de retraite, des allergies, les enfants, un écran plat plutôt que les soins vétérinaires, c’est une question de priorité. Le problème c’est que les gens prennent les animaux pour des produits de consommation.

Et le paradoxe, c’est qu’ils dépensent beaucoup pour eux, avec une surenchère de produits marketting…

On a l’habitude de dire que l’entretien d’un chien revient à 1.000 euros par an, environ 800 pour un chat. Dans les animaleries, il faut résister à la tentation de la petite boule de poil mignonne si l’on n’est pas capable d’assumer! On en arrive à des chiens achetés à crédit et abandonnés parce que les gens n’ont plus de quoi rembourser! Et qui plus est, dans les animaleries, on voit des animaux vendus trop petits, qui développent des troubles du comportement, eux mêmes causes d’abandon…

Moi, je ne comprends pas qu’on ridiculise ce qu’on appelle «les mémères à chiens chiens», qui leur mettent de petits manteaux ou prennent rendez-vous chez le psy pour animaux. Au moins, c’est de l’amour!

Les gens ne veulent pas se compliquer la vie quand ils partent en vacances...

Cest vrai qu’avant c’était la croix et la bannière pour emmener son animal dans son lieu de villégiature. Mais maintenant, il y a de nombreuses possibilités. Nous sommes 52% de foyers à avoir un animal, nous sommes des consommateurs comme les autres, les professionnels du tourisme en tiennent compte: il y a des plages pour chiens, des hôtels qui accueillent les animaux…30 Millions d’Amis a d'ailleurs mis en place une application pour smartphone pour trouver ces hôtels à 50 kilomètres à la ronde, et nous avons créé une bourse d’entraide pour garder l’animal d’un autre à charge de revanche, pour ceux qui ne peuvent pas payer une pension.