Muriel Salmona est psychiatre et victimologue
Muriel Salmona est psychiatre et victimologue - Jonathan Duron / 20 minutes

Propos recueillis par Claire Béziau / vidéo de Duron Jonathan

Quelle proportion de femmes victimes de violences sexuelles porte plainte?

Nous sommes sur des taux très faibles: 10% environ portent plainte, et 8% en cas de viol.

Comment l'expliquez-vous?

Il est difficile de porter plainte parce que dans 80% des cas, l'agresseur est connu de la victime, qui est parfois dépendante de lui, surtout dans la sphère professionnelle ou familiale. Les victimes ressentent des troubles traumatiques, qui les paralysent et entraînent des phénomènes de dissociation. Ces troubles, biologiques, sont tout à fait normaux. Mais les victimes, peu informées, se demandent pourquoi elles n'ont pas réagi, et se sentent honteuses et coupables. Souvent, l'agresseur en rajoute une couche et fait comprendre à sa victime que son absence de réaction est la preuve qu'elle était consentante. Le phénomène de mémoire traumatique va amener la victime à revivre l'agression à l'infini, ce qui n'incite pas à porter plainte parce qu'elle n'a pas envie d'y repenser ou d'en parler. L'agression peut refaire surface au moment d'une rencontre, d'un accouchement... Ça peut durer des années. Enfin, le circuit policier est souvent mal informé. On culpabilise ces femmes, on leur demande pourquoi elles ont tardé à porter plainte. On leur reproche des symptômes qui sont en fait des preuves de leur agression.

Est-ce plus difficile de porter plainte envers un agresseur connu?

Oui, c'est plus dur avec quelqu'un dont on est dépendant, qui a une emprise sur nous, comme un supérieur hiérarchique ou quelqu'un de la famille. Il va rabaisser la victime, organiser une situation de culpabilité, qui va embrouiller la victime. Il peut passer d'un registre sympathique à un registre agressif afin de renforcer les doutes de sa victime. Il s'agit d'une conduite perverse. 

Qu'est-ce qui se joue dans le fait de porter plainte?

A première vue, porter plainte peut être maltraitant. Ce n'est pas toujours thérapeutique. Mais c'est capital par rapport aux notions de justice et de reconnaissance. Et pour que l'agresseur ne recommence pas avec d'autres femmes, lui enlever l'impunité.

Que conseilleriez-vous à une femme victime de violences sexuelles?

Il est indispensable qu'elle porte plainte, afin qu'elle soit reconnue et qu'elle comprenne les mécanismes mis en place. Une bonne prise en charge, également thérapeutique, l'aidera et fera régresser les symptômes. Elle lui donnera des éléments afin qu'elle comprenne ce qui lui est arrivé. Il faut former davantage de médecins à cette forme de traumatisme, ne pas abandonner les victimes.

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