Prostituées du bois de Boulogne: «Nous ne sommes pas une marchandise»

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Publié le 7 juin 2012.

REPORTAGE - Dans le bois de Boulogne, des prostituées exercent discrètement dans leurs camionnettes. «20 Minutes» est allé à leur rencontre...

«On a été expulsées de partout.» Dans sa petite camionnette, Câline Tentation* -son nom de scène- goûte assez mal le nouvel arrêté préfectoral qui interdit, depuis le 1er mars, de se stationner dans le bois de Boulogne, situé dans le XVIe arrondissement de Paris.

Robe rose, longs cheveux noirs, ça fait trente ans qu'elle exerce. «Avant, j’étais du côté de Strasbourg-Saint-Denis», explique-t-elle. Mais je vais bientôt m'arrêter, peut-être dans deux ou trois ans. Mais j'ai toujours la moelle», sourit-elle. Ce qui la motive aujourd'hui? Notamment ce combat contre ce qu'elle qualifie de harcèlement policier, après l'application de ce nouvel arrêté. «Je veux défendre nos droits. Nous ne partirons pas, on a décidé de résister!»

Déclarée à l’Urssaf

Et puis, ce métier, il lui plait. «Je gagne bien ma vie, même si c'est physique». Déclarée à l'Urssaf en profession libérale, elle juge son gagne-pain «utile». Assise à l'avant de son véhicule, elle attend le client. Le plus souvent des habitués. ««On est là pour évacuer le stress des gens, on a un rôle de confidentes. Et puis, nous représentons aussi une solution  de simplicité, rapide et discrète». Des hommes mariés, des jeunes, des vieux, des moins beaux, voire des handicapés... La clientèle est variée et le plus souvent «charmante», explique cette femme.

Un chien, qui dort paisiblement à ses pieds est pourtant là, au cas où. «Si je dis son nom, il vient à mon secours». Une fois, elle a dû faire appel à lui. Un client lui avait volé la recette de sa journée. Les agressions, c'est d'ailleurs l'un des principaux risques de ce métier pas comme les autres. Kim*, dont la camionnette est garée un peu plus loin s'est faite agresser, elle aussi. Deux fois. «L'un de mes agresseurs à même été reconnu coupable de viol».

Résille blanche et robe moulante

Prostituée depuis 19 ans, elle reconnait que les conditions de travail se sont dégradées. «Notamment à cause de la pression de la police. Même les clients nous en parlent». La faute, là encore, à cet arrêté qui vise les véhicules conçus pour le transport de marchandises, «sauf que nous ne sommes pas une marchandise», plaisante Kim.

Résilles blanches, robe moulante et cigarette aux lèvres, elle répond aux clients qui viennent à sa hauteur. «C'est 30 ou 40 euros» indique-t-elle. Le prix varie en fonction de la prestation. Kim, qui admet bien gagner sa vie, estime accueillir en moyenne entre 10 à 15 clients les bons jours. Aujourd'hui, ce sera moins.

Transsexuel black

Un peu plus loin, Angel* ouvre les portes de son lieu de travail. Intérieur capitonné en trompe l'œil, menottes, cravache et autres objets explicites sont accrochés aux parois. «Je fais aussi dans le SM soft», confesse ce grand transsexuel black, qui avoue approcher les cinquante ans. Pour elle, la retraite est encore loin. «De toute façon, je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre. Et puis on est utile». Pour les hommes seuls, bien sûr, mais aussi les autres. «Certains vont se retenir une fois, deux fois... Et après? Ils iront où?»

Fière de son travail et un peu inquiète à l'idée de devoir quitter sa camionnette pour bosser sur le trottoir, elle rejette les amalgames avec les Roumaines, les Bulgares, ou celles qui se baladent nues dans le bois, qui leur font du tord. « Nous, on ne gêne personne.»

Fière de son métier, même si sa famille et ses amis «ne savent pas forcément ce qu'elle fait», Angel espère pouvoir rester garée encore quelques temps allée de la reine Marguerite. En attendant «que ce soit les clients qui me mettent à la retraite».

Mathieu Gruel
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