Les prostituées du bois de Boulogne ne veulent pas se retrouver sur le trottoir

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Publié le 6 juin 2012.

DÉCRYPTAGE - Un arrêté préfectoral interdit la présence des camionnettes, dans lesquelles elles exercent leur métier…

Elles en ont plein les bottes. Depuis plusieurs semaines, les prostituées du bois de Boulogne, dans le XVIe arrondissement de Paris, se disent victimes de harcèlement... De la part de la police. En cause, la stricte application d'un arrêté préfectoral signé le 1er mars par le préfet de police sortant, Michel Gaudin. Celui-ci interdit tout simplement le stationnement de véhicule de type camionnettes dans le secteur. Un problème pour ces professionnelles du sexe, qui avaient fait ce choix pour éviter de tomber sous le coup de la loi de 2003, qui interdit le racolage passif.

«Subordination de témoin»

Réunies au sein du Collectif XVIe arrondissement, les 180 prostituées qui utilisent ces camionnettes pour travailler entendent pourtant résister. Mais le combat s'annonce délicat. «Les policiers viennent se placer derrière nos camionnettes et attendent que le client sorte. Ils l'obligent ensuite à signer un formulaire dans lequel ils le forcent à reconnaître qu'on lui a fait des signes. C'est de la subornation de témoin», s'insurge Câline Tentation*, professionnelle depuis 30 ans, installée allée de la Reine Marguerite.

Après l'interrogatoire du client, les filles se font embarquer pour racolage passif. Placées en garde à vue pendant 24h, elles sont ensuite présentées, le lendemain matin, devant le délégué du procureur pour un rappel à la loi. «C'est une procédure qui interdit la présence d'un avocat», détaille Marie Grimaud, avocate et collaboratrice de Stéphanie Marcie-Hullin, dont le cabinet suit ces femmes dans leur combat. Baptisée la «3e voie», cette procédure «est la seule voie judiciaire où il n'y a pas d'avocat. Elle vise à faire pression et tenter de dissuader ces femmes de reprendre leur activité», explique l'avocate.

Crainte pour la sécurité

Pourtant, certaines de ces prostituées sont déclarées comme profession libérale à l'Urssaf, payent des cotisations et entendent donc continuer à pouvoir travailler librement. Malgré les procès verbaux qui se multiplient. Et dont le prix augmente à chaque fois. «La première est à 100 euros, la deuxième à 150 euros et ensuite ça augmente. J’en ai eu quatre en deux semaines. En plus, on est convoqué devant le procureur. Moi, je l’ai déjà été cinq fois», raconte Angel*, un transsexuel d’une cinquantaine d’année.

«Mais nous ne partirons pas, on a décidé de résister», martel Câline Tentation. «On a même proposé de travailler dans des véhicules de type monospace, avec vitres teintées, si nos camionnettes ne leur plaisent pas», explique Kim*, installée elle aussi allée de la reine Marguerite et qui craint pour sa sécurité si elle est obligée de retourner sur le trottoir.

Proxénétisme

Mais cette solution, proposée par le collectif, n'a pas trouvé d’écho favorable. En réponse, «le commissaire a confirmé ne plus vouloir qu'elles exercent en véhicule», explique Marie Grimaud. «C’est les pousser à enfreindre la loi en les remettant sur le trottoir. Il a même proposé de leur allouer une partie du bois et des horaires. Et ça, ça s'appelle du proxénétisme!»

Alors, pour médiatiser leur combat, les prostituées ont déjà organisé une manifestation le 18 mars dernier. Et le cabinet d'avocats s'est même fendu d'une lettre, envoyée il y a deux jours au nouveau ministre de l'intérieur Manuel Valls. Une autre a été adressée au nouveau préfet de police, pour une rencontre et le procureur de la République a également été sollicité, «sans réponse pour l'instant», précise l’avocate. En attendant une issue favorable, et peut-être «un vrai statut», le collectif n’exclue pas d’organiser d’autres manifestations.

*Pseudnonymes

>>Pour lire notre reportage au bois de Boulogne, c'est par ici

Mathieu Gruel
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