Jérôme Kerviel évoque la théorie du complot

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Publié le 6 juin 2012.

JUSTICE - L'ancien trader assure que la Société générale s'est servie de lui comme d'un fusible...

Jérôme Kerviel, à la peine pour justifier ses dérapages, a insinué mercredi à son procès en appel que ses chefs l'avaient sciemment laissé aller dans le mur afin qu'il serve de fusible à la Société générale, confrontée en 2007-2008 à la crise des «subprimes» américains.

La crise des subprimes, l'événement déclencheur

Cette théorie du «complot» n'a pas semblé convaincre la cour et a été qualifiée de «feuilleton policier» par Jean Veil, un des avocats de la banque, sur fond d'échanges plutôt tendus avec son confrère David Koubbi, avocat de l'ancien trader.

Pour sa deuxième journée, le procès explorait l'année 2007, durant laquelle Jérôme Kerviel a multiplié les sorties de route ayant mené en janvier 2008 à la perte historique de 4,9 milliards d'euros pour laquelle il est poursuivi. En première instance, en 2010, il avait été condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards de dommages et intérêts.

Pourquoi avoir exposé la banque pour des dizaines de milliards? Pourquoi avoir dissimulé ces positions avec des opérations fictives? Rédigé de faux courriels? Menti aux systèmes de contrôle? La présidente Mireille Filippini n'a pas accordé de répit au jeune homme de 35 ans, toujours droit au micro, costume bleu marine, chemise bleu ciel. «Au début du mois de mars 2007 commençait à courir l'information sur un gros problème aux Etats-Unis sur les "subprimes" (crédits immobiliers à risque, NDLR), donc j'ai pris une position vendeuse», a expliqué l'ancien trader.

«La Société générale était pour moi comme ma famille»

Il pariait alors sur une baisse du marché, et c'est ainsi qu'a commencé la valse des milliards, avec des «pertes latentes», puis des gains qui venaient conforter le trader dans sa stratégie, jusqu'à atteindre des sommes hallucinantes. Fin mars 2007, ses positions spéculatives atteignaient 5,6 milliards d'euros. Fin avril, 10 milliards, fin mai, 20. En juin, ce sera 30 milliards...

Des opérations fictives pour contrebalancer ces positions spéculatives? «Tout le monde le fait», a répété Jérôme Kerviel. C'est «purement cosmétique», a-t-il dit, assurant qu'il voulait «faire gagner de l'argent à la banque». «J'étais comme un hamster dans une roue», pédalant de plus en plus vite, a-t-il dit. «La Société générale était pour moi comme ma famille, je lui donnais tout mon temps et mon énergie, je n'ai jamais eu l'intention de la trahir...»

Les services de contrôle s'étaient bien émus d'opérations leur semblant peu orthodoxes, mais il avait répondu à chaque fois à leurs questions, en avançant des explications «invraisemblables», selon ses propres dires, ou en multipliant les écrans de fumée. «Si tout le monde fait des opérations fictives, alors pourquoi leur raconter des histoires? Je ne comprends pas!», a martelé la présidente.

Un «effet d'aubaine» pour la Société générale

Jérôme Kerviel répète aussi que ses supérieurs savaient ce qu'il faisait. Mais alors, pourquoi l'ont-ils laissé faire quand ses positions accusaient des pertes latentes?, a-t-elle demandé. Peut-être que «j'avais une utilité», a alors répondu l'ancien trader. «A cette époque-là déjà, la crise des subprimes commençait à se propager (...) il y avait déjà une grosse perte latente, je pense qu'il fallait faire sauter un Jérôme Kerviel à un moment ou un autre», a-t-il lâché.

S'en est suivi un scénario selon lequel un autre service de la banque aurait «couvert» en sous-main ses opérations, ce qu'il n'aurait appris qu'à l'occasion de son procès en appel, par un mystérieux témoin qui veut rester anonyme... Le jeune homme avait déjà affirmé par le passé que «l'affaire Kerviel» avait constitué un «effet d'aubaine» pour la Société générale, qui avait révélé en janvier 2008 la «fraude» dont elle l'accusait. Selon lui, cela permettait à la banque de minimiser son exposition aux subprimes. Mais il n'avait jamais aussi clairement fait état d'un projet fomenté dès mars 2007.

Le procès reprend jeudi à 14h.

© 2012 AFP
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