Dans les rues d'Istanbul, le 3 juin.
Dans les rues d'Istanbul, le 3 juin. - METIN TOKGOZ / A.A. / SIPA

L'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) provoque un débat de société en Turquie. Le projet de loi, lancé par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, vise à passer le délai légal de dix à quatre semaines de grossesse. Mais ce n'est pas tant cette décision qui a suscité l'opposition de certaines franges de la population que les déclarations du Premier ministre comparant un avortement au récent massacre de trente-quatre villageois kurdes, pour conclure, lapidaire : « Je vois l'avortement comme un assassinat. »

« C'est mon corps »
Le projet et ces prises de position a provoqué un tollé, tant chez les militantes féministes que dans le corps médical, pour qui réduire à quatre semaines le délai légal pour une IVG revient à l'interdire. Depuis, les manifestations se multiplient, avec pour slogan : « C'est mon corps, c'est ma décision ».
Au cœur de ce bras de fer, la natalité turque en baisse constante, passant de plus de trois enfants par femme en 1980 à à peine plus de deux aujourd'hui, au grand dam d'Erdogan, à la tête de l'AKP, parti islamo-nationaliste conservateur. En Turquie, république laïque, les interruptions volontaires de grossesse sont autorisées depuis 1965 pour des raisons médicales, et depuis 1983 pendant les dix premières semaines de grossesse.