Lors de l'élaboration des lois, les groupes de pression tentent d'influencer les décideurs politiques afin de favoriser leurs intérêts privés.
Lors de l'élaboration des lois, les groupes de pression tentent d'influencer les décideurs politiques afin de favoriser leurs intérêts privés. - CHESNOT / SIPA

Vincent Vantighem

Comme aux Oscars, il y a même une récompense pour le « Meilleur espoir » . Pour la première fois, des trophées vont être décernés, mardi, aux lobbies les plus influents de France. C'est l'institut Choiseul, un club de réflexion spécialisé dans les relations internationales, qui est à l'origine de cette initiative. « Dans les autres pays, le lobbying est une activité décomplexée, défend Didier Lucas, directeur de l'Institut Choiseul. En France, nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements. Mais les lobbies ont un vrai rôle social. C'est la même chose que pour les policiers ou les huissiers. On ne les aime pas forcément mais ils ont une place dans la société. »

Un registre au Palais-Bourbon
Pour l'instant, leur place se trouve surtout dans les couloirs de l'Assemblée nationale, du Sénat et des principaux ministères. Lors de l'élaboration des lois, ces groupes de pression tentent ainsi d'influencer les décideurs politiques afin de favoriser leurs intérêts privés. « On sait aujourd'hui que certains amendements sont carrément rédigés par des lobbies, déplore l'association Adequations. C'est totalement opaque. » Moins que par le passé tout de même. En 2009, l'Assemblée nationale a ouvert un registre. Les lobbies souhaitant obtenir un « badge d'accès permanent » sont obligés de le renseigner. Aujourd'hui, on y dénombre 153 inscrits. « Mais les députés peuvent toujours recevoir qui ils veulent dans leur bureau sans en référer à personne, confie une source au Palais-Bourbon. En fait, le nombre de groupes de pression est bien plus important. » L'association Regards citoyens a tenté de le chiffrer. « Entre 2007 et 2010, nous avons épluché les textes pour trouver le nom des personnes auditionnées », relate Brice Person de cette association. Résultats : 15 000 personnes issues de plus de 5 000 organismes, dont la moitié sont des sociétés privées. « Ils sont encore dans l'ombre, lâche Didier Lucas. Mais ils vont se développer. C'est le sens de l'histoire ! »

Les syndicats sont souvent consultés

Soixante-treize auditions pour la CFDT, soixante et une pour le Medef : le travail de l'association Regards Citoyens révèle que les syndicats sont souvent auditionnés par l'Assemblée nationale. Dans le secteur privé, c'est EADS qui a été le plus entendu entre 2007 et 2010 devant Total, le groupe TF1, Thalès et Bouygues. (www.regardscitoyens.org)