Les policiers se braquent

POLICE Alors que les syndicats appellent, ce vendredi, à manifester, «20Minutes» fait le point sur leurs revendications...

Vincent Vantighem

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Rassemblement de policiers place du Chatelet à Paris pour protester  contre la révision générale des politiques publiques (RGPP) à l'appel  des syndicats le 10 mai 2012.

Rassemblement de policiers place du Chatelet à Paris pour protester contre la révision générale des politiques publiques (RGPP) à l'appel des syndicats le 10 mai 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«C'est le moment où on peut tout demander. Même n'importe quoi! Alors on en profite...» Secrétaire général de la Fédération professionnelle indépendante de la police, Claude Choplin en rigole. Mais le malaise est palpable dans la police. Jeudi midi, plusieurs rassemblements ont eu lieu dans toute la France à l'appel du syndicat SGP-Unité Police. Vendredi, ce sont leurs collègues d'Alliance qui appellent à se rassembler devant les préfectures de France. 20 Minutes fait le point sur leurs revendications.

Le manque de moyens

«On ne vous parle même pas du papier-toilettes...» Quelques minutes avant le début de la manifestation, ce jeudi, Mickaël, membre de la Direction territoriale de la sécurité de proximité dans les Hauts-de-Seine, a plein d'exemples pour détailler le manque de moyens dont souffre la police. Le plus parlant: «La dernière fois, une victime qui était venue déposer plainte est allée acheter une ramette de papiers dans le quartier. Il n'y en avait plus dans l'imprimante. Ni dans le commissariat. Nous n'étions pas en mesure de lui donner son récépissé...» Sur la place du Châtelet, son collègue acquiesce. «Depuis janvier, j'écris sur un bloc-notes qui m'a été offert par la fourrière du quartier pour le Nouvel An. Même pour une gomme maintenant, on n'a plus les moyens...» Ces exemples sont plus insolites que problématiques. Mais le manque de moyens peut parfois avoir des conséquences désastreuses. «Dans le ressort de Nanterre, les mecs de la BAC circulent toute la journée en voiture. Ils sont quatre bien costauds sans parler du matériel et ils roulent en... C3. Difficile de mener une course-poursuite dans ces conditions.»

Le manque d'effectifs

Dans ses soixante propositions pour la France, François Hollande a annoncé qu’il voulait «donner à la police les moyens de nous protéger». Les syndicats n’attendent que ça. En 2004, la France comptait 108.000 agents de police. Aujourd’hui, ils ne seraient plus que 100.000 selon les syndicats. «A Paris, les gens ne se rendent pas compte des difficultés, poursuit Mickaël. Les copains des autres départements viennent souvent filer un coup de main. Mais en province… Dans certaines villes, il n’y a que trois agents pour faire la nuit.» Et le syndicaliste de détailler. «Un pour prendre les plaintes, un pour répondre au téléphone et un sur le terrain.» Et si ce dernier se retrouve à gérer une ivresse manifeste sur la voie publique. «Le temps de l’arrêter et de l’emmener à l’hôpital, cela peut prendre deux-trois heures. Il peut se passer d’autres trucs pendant ce temps-là.» En poste depuis trente-et-un ans en Seine-Saint-Denis, Bernard pointe d’autres conséquences au manque d’effectifs. «Ils nous ont attribué des adjoints de sécurité, lâche-t-il. En gros, des mêmes qui font le même boulot que nous, sans le salaire ni le statut. Moi, je trouve ça dégueulasse…»

La présomption de légitime défense

Après la mise en examen d’un policier pour «homicide volontaire», la question de la «présomption de légitime défense» fait beaucoup parler dans les rangs de la police. Nicolas Sarkozy l’avait proposée. Mais c’est François Hollande qui a été élu. «De toutes façons, nous [chez SGP-Unité] sommes favorables à une présomption d’innocence, poursuit Bernard. Je ne comprends pas pourquoi on doit être considéré plus coupable qu’un citoyen lambda quand il arrive une affaire…»

Et cela trotte dans la tête de tous les agents. Chargée de la circulation à Paris depuis vingt ans, Sandrine affirme ainsi qu’elle pense régulièrement à sa famille et ses enfants quand une situation risque de déraper. «Maintenant, un mec est capable de nous foncer dessus pour ne pas perdre trois points. Alors, sortir son arme, ce n’est pas quelque chose d’anodin.» D’autant que d’après, Bernard, la décision se fait en «quelques centièmes de secondes». Mais, si comme à Noisy-le-Sec, une affaire éclate, «l’agent voit son salaire gelé le temps de l’enquête. Comment il fait vivre sa famille pendant ce temps-là?»