- AFP

Julien Ménielle

Un an après le massacre de sa famille, Xavier Dupont de Ligonnès reste introuvable. Si les enquêteurs avouent ne pas avoir le début d’une piste pour le retrouver, des textes, emails et photos stockées par le fugitif nantais ont été retrouvés. L’homme les avait stockés sur un serveur entre 2006 et 2008 avant de les effacer juste après les meurtres en avril 2011. Dans ces documents, retrouvés par son fournisseur d’accès à Internet et dont des extraits on été publiés par Le Parisien ce dimanche, Xavier Dupont de Ligonnès se raconte.

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Une enfance marquée par les femmes et la religion

Jusqu’à ses 10 ans, Xavier Dupont de Ligonnès décrit une «belle enfance sans soucis» dans un texte de février 2008. Il raconte qu’il a vécu «entouré de plus de femme que d’hommes»: «Je suis à la fois le "roi" de la maison (en tant que seul mâle) et le garçon à qui on inculque le respect dû aux femmes». Des femmes, comme sa mère et sa grand-mère, dont l’homme explique qu’elles influenceront sa vie de 11 à 20 ans: «Toute cette période sera marquée par la foi et la religion (…). Au point de ne pas courir après la rébellion adolescente normale, ni après la recherche de drogue, ni après des quantités de filles: mes "petites amies" (trois en dix ans!) étant choisies pour devenir ma femme, avec l’intention de "ne pas coucher avant le mariage".»

Une personnalité torturée

Xavier Dupont de Ligonnès, dans un texte de décembre 2006 adressé à sa femme Agnès, décrit sa personnalité. «Je suis le contraire d’un solitaire. (…) Je déprime dès que je n’ai pas de contacts humains», explique-t-il, sans nier un «complexe de supériorité». L’homme a en effet une haute opinion de lui-même: «Je fais partie des gens intelligents, volontaires, équilibrés, en bonne santé morale et physique, et qui réalisent des choses (construire une famille, monter une boîte, faire face aux difficultés de la vie, etc). Et ces gens-là sont peu nombreux par rapport à la masse.» il se décrit cependant comme un être timide et égrène la liste de ses contradictions: «Piquer dans les magasins, avoir des petites amies, boire et fumer, passer mon bac avec un an d’avance, bosser normalement, te quitter alors que le futur Pape nous avait fiancés et que tu étais ma promise par Dieu lui-même (quel acte de rébellion!), truander les assurances et les Assedic, partir aux USA, revenir et annoncer un mariage surprise avec toi etc. (jusqu’à ne plus croire en rien en 95)»

Une mère mystique et une femme infidèle

Dans des écrits confus de décembre 2006, le fugitif parle de ses douleurs et désillusions. «La première désillusion, c’est d’avoir réalisé que ma mère avait créé un monde inexistant, un monde virtuel, son monde à elle, imaginaire (…) Pendant des années, jusqu’à mes 35 ans, je vivais dans un monde imaginaire, avec des personnages imaginaires», raconte-t-il, notant toutefois qu’il ne s’est jamais senti trompé, sa mère croyant elle-même dur comme fer à ce monde imaginaire. «La deuxième désillusion est venue à 45 ans. C’est d’avoir réalisé que ma femme était une femme normale, comme toutes les femmes, et que je n’étais pas tout pour elle», écrit Xavier Dupont de Ligonnès, estimant que sa femme Agnès «avait des envies physiques de plusieurs autres hommes, qu’elle les réalisait plus ou moins concrètement, qu’elle tombait amoureuse d’autres hommes».