Jean-Marie* sentait bien que quelque chose «clochait» chez lui. Il avait même consulté un psychiatre. A l'époque, celui-ci lui avait seulement conseillé de «prendre une douche froide». Cela n'a pas suffi.

A 61 ans, cet enseignant à la retraite accusé d'avoir violé quatre adolescents comparaît, ce mardi, devant les assises du Var. «Il reconnaît les faits. Il encourt vingt ans de prison, détaille Stefan Squillaci, son avocat. C'est terrible, car il a voulu se faire aider avant de passer à l'acte, mais il n'a trouvé personne… Pour les toxicomanes ou les accros aux jeux, il y a des associations et des numéros verts. Pour les pédophiles, rien!» Pourtant, ils sont nombreux. Selon les données de l'Office de la délinquance, 5.423 plaintes pour «viols» ont été déposées l'an dernier par des mineurs. Soit 8,8% de plus que les faits dénoncés par des majeurs.

Une attirance plus qu'une pulsion

Et ce n'est sans doute que la partie émergée de l'iceberg. «Un pédophile est quelqu'un qui a une attirance pour les garçons ou filles prépubères. Cela ne suppose pas forcément qu'il va les violer», explique Jean-Michel Louka, un psychanalyste parisien, dont la clientèle est constituée à 20% de ces «pédophiles abstinents». Leur problème est souvent de trouver quelqu'un à qui parler. «C'est horrible, mais il a fallu que j'abuse de mes deux neveux et que je fasse de la prison pour l'évoquer librement», témoigne ainsi Hugues*.

Et si le salut venait des victimes? Abusée pendant sept ans, Latifa Bennari a créé l'association l'Ange Bleu pour aider les victimes et prévenir le risque de passage à l'acte et de récidive des pédophiles. Régulièrement, elle organise des «groupes de parole» où victimes et auteurs de faits parviennent à échanger et même parfois à se comprendre. «Je suis l'une des seules en France à faire ça.» Raison pour laquelle Stefan Squillaci lui a demandé de venir témoigner, cette semaine, de son expérience à la barre des assises du Var.

* Les prénoms ont été modifiés.