Cinquante-deux entreprises sont aujourd'hui concernées par l'instruction.
Cinquante-deux entreprises sont aujourd'hui concernées par l'instruction. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Vincent Vantighem

Il y a tellement de documents que Michel Ledoux a prévu un petit chariot pour les transporter. L'avocat des victimes de l'amiante va déposer, ce mercredi après-midi, plus de 700 dossiers de plaignants sur le bureau de la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy. «Sur l'ensemble, cent quinze victimes sont déjà mortes, confie l'avocat. C'est un moyen symbolique de remettre la pression pour obtenir, un jour, un procès pénal de l'amiante.» Pour des faits similaires, l'Italie a condamné, en février, deux chefs d'entreprise à seize ans de prison. La justice française, elle, traîne en longueur.

«Comme un château de cartes…»

Seize ans après le dépôt des premières plaintes, cinquante-deux entreprises sont aujourd'hui concernées par l'instruction. Cinquante-quatre personnes ont été mises en examen.

Mais pour les malades, l'espoir de les voir comparaître s'amenuise de jour en jour. En décembre, la justice a en effet annulé six mises en examen et dessaisi la juge d'une partie des dossiers qui encombrent son bureau de la rue des Italiens. «La juge Bertella a commis des erreurs, explique une source judiciaire. Son travail est approximatif. Elle vise trop de monde. Le dossier va s'effondrer comme un château de cartes.»

De fait, plusieurs avocats de la défense comptent se servir du jugement de décembre pour faire, à leur tour, annuler la mise en examen de leurs clients. «J'ai déposé une requête en ce sens dès janvier, confie Jean-Marc Delas, qui défend un ingénieur mis en cause dans le volet «Hôpitaux de Paris» de l'amiante. Et je ne serai pas le seul à le faire…» «Le problème, c'est qu'il n'y a pas de volonté politique d'aboutir à un procès», regrette Pierre Pluta, président de l'Association de défense des victimes. Si, la semaine dernière, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu'il était «très attentif» à ce dossier, les veuves des dockers amiantés de Dunkerque ont rappelé qu'elles lui avaient pourtant écrit dix-huit fois sans jamais obtenir de réponse.

 

Droit de réponse

Une lettre de Madame Marie-Odile Bertella-Geffroy 

Nous avons reçu du juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, le droit de réponse suivant:

«Je tiens à protester contre les termes employés dans votre publication du journal 20 Minutes du 4 avril 2012 et sur votre site internet jusqu’à ce jour, sous le titre «Le procès de l’amiante menacé», relatant des propos prêtés à une «source judiciaire» concernant d’une part, ma conduite des investigations dans les procédures pénales relatives aux expositions de plaignants aux fibres d’amiante actuellement en cours dans mon cabinet d’instruction, et concernant d’autre part, la prédiction de «l’effondrement du dossier comme un château de cartes», propos qui ont porté atteinte à mon honneur professionnel.

Contrairement à ce qui aurait été précisé par cette source anonyme, et sans que je puisse d’ailleurs répondre sur le fond non seulement en raison du secret de l’instruction en cours, mais également en raison de mon obligation de réserve de magistrat, j’indique aux lecteurs de votre journal et de votre site internet que, nonobstant les «sources judiciaires» pouvant critiquer sans vergogne le travail d’un juge et augurer cyniquement de l’effondrement d’un important dossier de santé publique, je poursuis mes investigations de magistrat instructeur comme je l’ai toujours fait dans le respect de la loi et des droits des parties.»

 

Le Comité permanent amiante dans le viseur

Selon nos informations, Jean-Luc Pasquier, ancien membre du Comité permanent amiante (CPA) a été mis en examen le 8 mars. Le CPA faisait du lobbying pro-amiante auprès des responsables français. «C'est notre lueur d'espoir», confie Michel Ledoux, avocat des victimes de l'amiante.