Mohammed Merah, l'auteur présumé de sept assasinats à Toulouse et Montauban, dans une vidéo diffusée sur France 2 le 21 mars 2012.
Mohammed Merah, l'auteur présumé de sept assasinats à Toulouse et Montauban, dans une vidéo diffusée sur France 2 le 21 mars 2012. - FRANCE 2 TV/SIPA

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

Sara Daniel est grand reporter au Nouvel observateur, auteur de Guerres intimes (Flammarion). Elle a beaucoup couvert le djihad et les groupuscules extrémistes. Contactée par 20 Minutes, elle apporte son éclairage sur le parcours de Mohamed Merah et son engagement pour le djihad.

Comment rejoint-on les camps d’entraînement de la région afghano-pakistanaise?

D’habitude, soit il y a un petit groupuscule qui organise le voyage, soit c’est une démarche très individuelle. Lui a fait la démarche de partir seul. Il a par exemple pu prendre l’avion et faire un Paris-Dubaï, Dubaï-Islamabad, puis arriver à Peshawar, où il y a beaucoup de militants anti-occidentaux et anti-juifs que l’on peut rencontrer très facilement. Ca ne sert à rien de partir loin dans les zones tribales, il suffit d’entrer dans les souks de Peshawar.

Et ensuite?

Dans un premier temps il y a des sortes d’écoles religieuses. Quand on y arrive, c’est assez étonnant: j’y ai rencontré beaucoup d’Occidentaux qui ne parlent même pas arabe, qui psalmodient des passages du Coran toute la journée sans comprendre ce qu’ils disent. Ils sont vite enfermés dans un carcan sectaire. La deuxième étape c’est le départ pour les camps d’entraînement, qu’on trouve dans le Cachemire (nord-est du Pakistan) ou le Waziristan (frontière afghano-pakistanaise). Ce sont des camps intégrés, avec des hôpitaux, des écoles, des champs d’entraînement.

Comment prend-on connaissance, en France, de ces camps?

Il y a des viviers: de rares mosquées avec des identités très dures, même si l’imam n’en a pas forcément connaissance. Ca se fait par assimilation, on se trouve peu à peu avec des militants qui prient plus intensément que les autres… Ca se fait aussi par le bouche à oreille. Il y a aussi beaucoup de sites Web. Quand on cherche, on trouve très facilement.

Cela concerne combien de personnes en France?

Il faudrait demander aux forces de l’ordre. Ce que l’on sait, c’est que ce type d’engagement est en déshérence depuis qu’Al-Qaida est en perte de vitesse. Les militants les plus engagés ont rejoint Aqmi, le Yémen, le Mali. Lui, c’est un peu un loser du djihad. Il a attrapé une hépatite A lors d’un de ses séjours là-bas, et puis il est resté bloqué sur des combats d’avant, il est resté sur un engagement finissant. Mais le mouvement Al-Qaida n’est pas moins dangereux pour autant: plus un mouvement est groupusculaire, moins il est contrôlable, et plus il est dangereux.

C’est une surprise, de votre point de vue, ce passage à l’acte d’un djihadiste en France?

C’est une surprise maintenant, mais ça m’étonne que ce ne soit pas arrivé avant. Il y a eu un vivier de personnes engagées contre l’Occident, contre la communauté juive et contre la France, avec les histoires sur le voile, depuis 2004. C’est étonnant qu’on ait si peu d’extrémistes en France.

Le procureur de Paris a parlé d’une «autoradicalisation atypique» chez Merah. Ca signifie quoi?

Qu’à son avis, il s’est monté la tête tout seul. Apparemment il passait son temps chez lui à voir des images de décapitation… Il s’est auto-intoxiqué avec des vidéos, il a atteint un haut degré de rage et de peine, mâtiné de folie. En France, c’est exceptionnel, mais dans les zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan, des gens comme ça, il y en a beaucoup.

Beaucoup de ses connaissances l’ont décrit, même récemment, comme quelqu’un de calme, de gentil. Les  djihadistes infiltrés ont-ils un double visage?

On a beaucoup dit qu’ils peuvent cacher leurs motivations réelles, oui. Ils ont même l’obligation de présenter un visage avenant pour préparer leurs actions. J’ai rencontré des gens partis faire le djihad qui étaient d’une froideur incroyable, très calculateurs. Ils sont dans un monde qui n’est pas le nôtre.

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