Les deux principaux prévenus dans l'affaire Hakim Ajimi, un jeune homme mort par asphyxie lors d'une interpellation violente en mai 2008 à Grasse, ont été condamnés ce vendredi à des peines de prison avec sursis par le tribunal de la même ville, dans les Alpes-Maritimes. Les deux policiers de la brigade anti-criminalité (BAC), Jean-Michel Moinier et Walter Lebeaupin, ont été reconnus coupables d'homicide involontaire par le tribunal correctionnel de Grasse, et également de non-assistance à personne en danger pour Walter Lebeaupin.
Ils ont été condamés respectivement à des peines de 18 mois et 24 mois de prison, avec sursis dans les deux cas. Ils ont fait savoir qu'ils feraient appel. Le policier municipal Jim Manach a lui été reconnu coupable de non-assistance à personne en danger et condamné à six mois de prison avec sursis. Les quatre autres policiers impliqués, qui appartenaient à une unité de police-secours, accusés de non-assistance à personne en danger, ont été relaxés.
Il était environ 14h45, le 9 mai 2008, lorsqu'a eu lieu l'interpellation dans une rue de Grasse, le jeune homme, psychologiquement fragile, venant de gifler son banquier. Très vite, elle va se transformer en une bagarre extrêmement violente, durant 5 à 6 minutes, le jeune homme refusant d'obtempérer. Hakim Ajimi se retrouvera au sol, menotté aux pieds et aux mains, maintenu par trois policiers.
Lorsque le jeune homme est relevé et traîné par les pieds jusqu'à une voiture de police-secours à 15h04, au moins 11 témoins indiquent qu'il ne résiste plus et paraît inconscient. Il décède probablement durant la minute de son transport jusqu'au commissariat, sans qu'aucun policier ne s'en rende compte.
Ce jugement laisse un goût amer à la famille du jeune homme. «La faute a été reconnue, mais la peine ne suit pas: j'ai perdu un enfant et eux, ils prennent du sursis», a déploré devant les journalistes Boubaker Ajimi, le père de la victime. «Ils vont pouvoir continuer à travailler (comme avant). Il y a une justice à deux vitesses: une justice première classe et une justice deuxième classe, c'est pas normal». Il a ajouté que, «de toute façon, on continue le combat, c'est pas fini, pour que ce genre de choses n'arrive plus à personne».
«Je considère qu'au moins sur le principe, pour la famille, il y a un constat qu'elle attendait depuis longtemps, c'est qu'il n'y a personne au-dessus des lois», a tempéré pour l'AFP l'avocat des parties civiles Franck de Vita. Pour Paul Monmaur, membre du comité Vérité et justice pour Hakim Ajimi, ce délibéré montre que «la justice protège la police: il y a une justice de classe pour une police de classe».
Me Gérard Baudoux, qui défendait les deux policiers condamnés pour homicide involontaire, s'est dit pour sa part «convaincu que les policiers n'ont fait qu'appliquer ce qui leur avait été enseigné à l'école de police (...) même si on a compté à l'occasion de cette affaire un certain nombre de carences dans l'enseignement et dans les instructions qui sont dispensées». «Mais il n'est pas sain à mon sens de faire de ces deux fonctionnaires de police jusque-là parfaitement irréprochables les boucs émissaires d'un certain nombre d'impérities», a-t-il ajouté.
Le ministère public avait estimé que les policiers devaient tous être condamnés à des peines avec sursis, détaillant dans son réquisitoire les nombreuses erreurs professionnelles ayant entraîné la mort du jeune homme de 22 ans dans un laps de temps très court.