De nouveaux affrontements se sont produits dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis, mercredi soir, entre des groupes de jeunes et des forces de l'ordre qui ont tiré des grenades lacrymogènes, a-t-on appris auprès de la préfecture. Interrogée plus tôt ce mercredi par 20 Minutes, une journaliste réunionnaise avait évoqué l'éventualité d'une telle reprise des violences.
Le calme était pourtant revenu au lever du jour, mercredi, dans le quartier populaire du Chaudron à Saint-Denis et dans la ville du Port, où quinze commerces ont été pillés ou saccagés lors d'une nuit d'affrontements entre groupes de jeunes et police.
La ministre du Budget et porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, a affirmé ce mercredi que «le gouvernement veut que la sérénité revienne à la Réunion.» Elle a ajouté: «Bien évidemment, le gouvernement est entièrement mobilisé pour que les manifestations se déroulent dans le calme mais aussi mobilisé sur la question très délicate du prix et du coût des carburants, qui ne dépend pas exclusivement du gouvernement, qui dépend essentiellement de facteurs extérieurs.»
C’est en effet à l'issue du blocus de l'entrepôt de la Société réunionnaise des produits pétroliers (SRPP), unique lieu de stockage de carburant de la Réunion, par des transporteurs routiers remontés depuis plusieurs jours contre les prix de l’essence et la vie chère, que les violences ont éclaté. Après la signature d'un protocole d'accord avec le préfet de la Réunion prévoyant une réunion de négociations vendredi, le représentant des routiers avait appelé à la levée du barrage, hué alors par les manifestants sur place, dont de nombreux jeunes. De petits groupes de casseurs s'étaient dirigés ensuite vers le centre où la situation a dégénéré.
De 20h à environ 2h30 du matin, environ 200 jeunes, pour la plupart cagoulés, ont affronté avec des pierres les policiers qui ont tiré, au total, 25 grenades lacrymogènes et assourdissantes, selon la préfecture. Un policier a été légèrement blessé par un jet de pierre et 8 interpellations ont été opérées à Saint-Denis, 6 dans la ville du Port.
Carcasses de voitures incendiées, odeur acre des gaz lacrymogènes, commerces éventrés, poubelles incendiées, barrages de ferrailles en travers de la chaussée: les traces laissées par une nuit d'affrontements et de violences étaient visibles un peu partout, en début de matinée, dans le quartier du Chaudron, à la périphérie est de Saint-Denis. «Dix commerces ont été saccagés ou pillés à des degrés divers, dont une pharmacie, une bijouterie, une agence bancaire, un restaurant Quick», a déclaré à l'AFP Benoît Huber, directeur de cabinet du préfet, ajoutant que depuis mercredi matin, le calme était revenu.
Le propriétaire d'une épicerie, ouverte en 1984 et déjà vandalisée par le passé, évaluait à 200.000 euros, le bilan des dégâts. «Ils ont emporté des cigarettes, le fonds de caisse, des marmites, tout ce qui leur tombait sous la main», s'est-il désolé. Quatre véhicules ont également été incendiés au Chaudron ainsi qu'une vingtaine de poubelles, a indiqué Benoît Huber.
Dans la ville du Port (ouest de l'île), à une quinzaine de kilomètres de Saint-Denis, le bilan est moins lourd avec cinq commerces dévastés. Les casseurs se sont principalement attaqués à l'entrepôt du Capricorne, une société d'importation de riz, dévalisant un conteneur, avant de mettre le feu à un semi-remorque: il s'en est suivi un début d'incendie du bâtiment, qui a toutefois été vite maîtrisé par les pompiers. Parmi les six personnes interpellées, trois sortaient de l'entrepôt avec des sacs de riz, a indiqué Benoît Huber.
Mardi soir, les accès au dépôt de carburant du SRPP ont été libérés par les routiers permettant, au lever du jour, le réapprovisionnement des stations service de l'île dont un grand nombre étaient à sec mardi soir.