«J'ai pris perpétuité le 10 avril 2009»

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Publié le 10 février 2012.

JUSTICE - Au procès d'un pousseur, sa victime a confié ne plus pouvoir descendre dans le métro...

Renaud Roussillon reste tétanisé depuis ce jour où il a été poussé sur les rails du métro parisien et qu'il a perdu une jambe. « J'ai pris perpétuité le 10 avril 2009. » Il confie même ne plus vouloir « y descendre ». Hier, au procès de son agresseur qui s'est ouvert devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine à Nanterre, l'architecte de 41 ans a préféré sortir de la salle d'audience lorsque les images de l'agression, capturée par les bandes de vidéosurveillance, ont été diffusées à la cour.

L'agresseur n'explique pas son geste

La scène survenue sur le quai de la ligne 1 à la station Grande-Arche de la Défense a été d'une rare violence. Ahmed Zobir, un SDF de 36 ans, s'est jeté sans aucune raison sur Renaud au moment où la rame passait. Englouti par le train, les secours mettront une heure et demi avant de le sortir. « Aujourd'hui, il est obligé de descendre les escaliers sur les fesses », témoigne sa femme. En réponse, l'accusé exprime dans le box sa nonchalance. Cheveux bruns, de corpulence moyenne, sourcils fournis, Ahmed Zobir semble absent, se dandinant d'une jambe à l'autre. Même s'il présente des excuses, il n'explique pas son geste. « J'ai entendu des insultes », explique-t-il à la cour.
Sans-abri au moment des faits, l'homme errait depuis des mois dans le quartier d'affaires de la Défense. Il avait perdu son emploi et son logement après plusieurs mois marqués par l'alcool et les drogues. Sa famille, absente à l'audience, raconte dans des dépositions qu'il « entendait des voix ».

« Je le voyais donner à manger aux pigeons avec un air béat », explique sa mère. Pour son frère, c'est la « jalousie » et le « complexe » qui l'a poussé à cette agression dénuée de motivation. Car au début des années 2000, l'avenir du jeune étudiant en droit semblait prometteur. « C'est un être intelligent, un intellectuel qui est attiré par les idées. Il a l'art de la formule. Ça tombe toujours juste », raconte à la barre Dominique, un avocat chez qui Ahmed a fait un stage. S'est-il vengé d'une vie dont la trajectoire a dévié en transportant sa colère sur un homme qu'il aurait aimé être?

De leur côté, les psychologues soulignent le comportement schizophrène de l'accusé. Sur les trois expertises réalisées, une seule conclut à sa responsabilité pénale. Les deux autres considèrent que son discernement était aboli. « La folie a bon dos », coupe Me Cécile Bernaille, l'avocate de Renaud. Le verdict doit être prononcé aujourd'hui.

William Molinié
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