«J’ai pris perpétuité le 10 avril 2009.» Renaud Roussillon reste tétanisé depuis ce jour où il a été poussé sur les rails du métro parisien et qu’il a perdu une jambe. Il confie même ne plus vouloir «y descendre». Jeudi, au procès de son agresseur qui s’est ouvert devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine à Nanterre, l’architecte de 41 ans a préféré sortir de la salle d’audience lorsque les images de l’agression, capturées par les bandes de vidéosurveillance, ont été diffusées.
La scène survenue sur le quai de la ligne 1 à la station Grande-Arche de la Défense a été d’une rare violence. Ahmed Zobir, un SDF de 36 ans, s'est jeté sans aucune raison sur Renaud au moment où la rame passait. Englouti par le train, les secours mettront une heure et demi avant de le sortir des rails. «Aujourd’hui, il est obligé de descendre les escaliers sur les fesses», témoigne sa femme. En réponse, l’accusé exprime dans le box sa nonchalance. Cheveux bruns, de corpulence moyenne, sourcils fournis, Ahmed Zobir semble absent, se dandinant d’une jambe sur l’autre. Même s’il présente des excuses, il n’explique pas son geste. «J’ai entendu des insultes», explique-t-il à la cour.
Sans-abri depuis des mois
Sans-abri au moment des faits, l’homme errait depuis des mois dans le quartier d’affaires de La Défense. Il avait perdu son emploi et son logement après plusieurs mois marqués par l’alcool et les drogues. Sa famille, absente à l’audience, raconte dans des dépositions qu’il «entendait des voix». «Je le voyais donner à manger aux pigeons avec un air béat», confie sa mère. Pour son frère, c’est la «jalousie» et les «complexes» qui l’ont poussé à cette agression dénuée de toute motivation. Car au début des années 2000, le jeune étudiant en droit semblait prometteur. «C’est un être intelligent, un intellectuel qui est attiré par les idées. Il a l’art de la formule. Ça tombe toujours juste», raconte à la barre Dominique, un avocat chez qui Ahmed a fait un stage. S’est-il vengé d’une vie dont la trajectoire a dévié en reportant sa colère sur quelqu’un d’autre?
De leur côté, les psychologues soulignent le comportement schizophrène de l’accusé. Sur les trois expertises réalisées, une seule conclut à sa responsabilité pénale. Les deux autres considèrent que son discernement était aboli. «La folie a bon dos», coupe Me Cécile Bernaille, l’avocate de Renaud. Le verdict doit être prononcé vendredi.