Centres éducatifs fermés: "l'engouement" des politiques inquiète les professionnels

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Publié le 9 février 2012.

VALENCE - Les professionnels de l'accompagnement des jeunes délinquants s'inquiètent d'un "engouement" des politiques, de droite comme de gauche, pour les Centres éducatifs fermés (CEF), insistant sur le fait qu'ils ne devaient pas être généralisés au détriment des autres accompagnements.

L'attention s'est fixée sur les CEF fin 2011 quand un lycéen sous contrôle judiciaire pour viol a avoué l'assassinat en Haute-Loire d'une collégienne, qui a donné son nom à "l'affaire Agnès".

L'ex-ministre de la Justice Rachida Dati a dans la foulée plaidé pour la généralisation des CEF. Et le Garde des sceaux Michel Mercier a prôné le placement en CEF, en alternative à la détention provisoire, pour les mineurs ayant avoué des crimes sexuels particulièrement graves.

A gauche, le candidat socialiste à la présidentielle François Hollande promet de doubler le nombre de CEF, les faisant passer à 80 pendant son quinquennat. Cette semaine encore, à Dijon, il a évoqué les CEF. Il a cependant aussi promis des moyens aux autres établissements de placement éducatif, soulignant la nécessaire "différenciation des placements en fonction du profil des jeunes".

Le gouvernement a annoncé de son côté que 20 nouveaux CEF allaient s'ajouter d'ici à 2015 aux 44 existants, dont cinq seraient ouverts d'ici à la fin 2012, alors même que le budget de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), dont dépendent ces établissements, ne cesse de diminuer.

Aucun nouvel établissement ne sera créé, précise la chancellerie: ces créations se feront pas transformation en CEF de foyers classiques.

Cette focalisation sur les CEF au détriment d'autres structures plus légères, qui accueillent jusqu'ici des jeunes au parcours moins enraciné dans la délinquance que ceux des CEF, inquiète les professionnels.

"L'engouement grandissant des politiques pour les CEF nous inquiète (...) D'abord, parce que perçus comme la panacée, ils tendent à devenir la réponse unique à toutes les situations mettant en cause des mineurs", écrivent les associations gérant 31 des 44 CEF dans une tribune intitulée "Les centres éducatifs fermés sont menacés par ceux-là mêmes qui les vantent", publiée le 18 janvier dans Le Monde.

"S'ils sont une réponse pertinente, faut-il pour autant couvrir la France de CEF au détriment des autres réponses? Que signifie, en effet, un CEF isolé, sans relais en amont et en aval?", insistent les signataires, dont l'association gérant le CEF de Valence, La Sauvegarde.

D'autant que les CEF, structures de dix à douze mineurs âgés de 13 à 18 ans encadrés par une vingtaine d'éducateurs, ont un coût élevé par rapport à d'autres, moins gourmandes en personnel d'encadrement: chaque jeune placé en CEF coûte en effet plus de 600 euros par jour au ministère de la Justice, contre 500 euros en foyer classique.

"Il faut se méfier des solutions miracle. Le CEF peut fonctionner dans la mesure où il est un établissement parmi d'autres. A trop multiplier les CEF, on va casser la gradation", estime elle aussi Emmanuelle Morcel, directrice du CEF de Valence, détachée de la PJJ.

Aux premières étapes de cette gradation se trouvent les interventions en "milieu ouvert", majoritaires. Le placement n'est envisagé que dans un deuxième temps, dans des établissements plus souples, avant d'en arriver aux CEF. Des foyers accueillent aussi les jeunes à leur sortie de CEF, où ils ne peuvent séjourner qu'un an, pour que le choc soit moins rude.

Créés par une loi Perben de 2002, les premiers CEF ont ouvert en 2003. Depuis cette date, plus de 6.100 mineurs ont été pris en charge dans les 44 CEF, qui offrent aujourd'hui près de 500 places. Sur plus de 6.100 jeunes placés depuis 2003 en CEF, 1.300 l'ont été en 2011, a précisé la Chancellerie à l'AFP.

Aucune statistique n'est disponible quant au taux de récidives des jeunes sortant de CEF, qui ne représentent qu'une part infime du public passant entre les mains de la Protection judiciaire de la jeunesse.

© 2012 AFP
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