Vague de froid: «Une année sans morts dans la rue, c'est possible»

INTERVIEW Le président du collectif «Les morts de la Rue» réagit après la mort due au froid, ce week-end, de deux sans-logis...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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La maraude du  Samu Social dans la métropole lilloise.

La maraude du Samu Social dans la métropole lilloise. — BAZIZ CHIBANE/SIPA

Après la découverte samedi des corps sans vie de deux SDF, morts de froid, le président du collectif «Les morts de la Rue», Christophe Louis, commente auprès de 20 Minutes la situation des sans-abris.

Cinq morts en France depuis le début de la vague de froid, par rapport aux hivers précédents, c’est beaucoup?

Ce n’est pas beaucoup, c’est constant. Mais il faut relativiser ces chiffres, car on n’a pas connaissance de tous les décès tout de suite, ils mettent parfois plusieurs jours à être signalés. Ce qui est beaucoup, ce sont les personnes mortes dans la rue depuis le début de l’année: pour l’instant, au 34e jour de l’année, nous en sommes à 37 décès. Ils ne sont pas seulement liés à l’hypothermie, mais le froid nous rappelle juste que le manque d’hébergement est constant tout au long de l’année.

Comment améliorer la situation des sans-logis?

Il faut que les centres d’hébergement soient ouverts 24 heures sur 24, surtout, comme en ce moment, quand il fait aussi froid le jour que la nuit: quel est le sens de remettre des gens dans la rue en début de journée? Là-dessus on a obtenu gain de cause, mais encore faut-il que tout le monde puisse appliquer cette ouverture permanente. De plus, on demande aux sans-abri de, chaque jour, appeler le 115. On pourrait avoir un dispositif plus souple pour leur permettre de ne pas être au quotidien dans une logique de survie.

Y a-t-il une tendance, ces dernières années, dans les chiffres relatifs à la situation des sans-abris?

Chacun joue avec les chiffres. Quand on me dit que toute demande d’hébergement d’urgence a une réponse, je veux bien l’entendre. Mais concrètement, quand on appelle le 115 on demande de rappeler dans les deux heures, et le premier appel n’est pas considéré comme une demande, même si, pour une raison ou une autre, il n’y en a pas de second. L’astuce est belle.

Un hiver sans mort serait-il possible?

Une année sans mort, même, pourrait être possible si on avait assez d’ambition politique.

En 2011, plus de 390 personnes sont mortes dans la rue

tout au long de l’année. Cela relève de la volonté de l’Etat, du gouvernement, de centrer les efforts sur le dispositif d’hébergement, quel qu’il soit. Il faut qu’il prenne conscience des gens qui sont à la rue.

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