Difficile d’y couper. Au coin de votre rue, sur Facebook ou Twitter, à la une des journaux ou en ouverture du JT, le froid monopolise les conversations. Le site de Météo France a même battu lundi son record historique de fréquentation. Il y a ceux qui vous informent qu’il fait froid, ceux qui s’outrent qu’on se plaigne du froid quand on a un toit, et ceux qui râlent parce qu’il n’y en a que pour le froid. Mais pourquoi un phénomène aussi banal que la chute de 3 flocons ou du même nombre de degré fait autant causer?
La faute au réchauffement climatique, peut-être. «Les discours alarmistes expliquent que le changements brutaux de températures interpellent autant», avance Elisabeth Deswarte, psychosociologue et fondatrice du site psychologie-sociale.com. Les phénomènes météo ont cependant toujours animé les conversations, d’ailleurs ne dit-on pas «parler de la pluie et du beau temps»? «Quand on ne sait pas quoi dire, on parle du temps qu’il fait», se ravise la psychosociologue.
Un sujet consensuel, sur lequel tout le monde est compétent
«Le temps qu’il fait est un sujet consensuel, note le sociologue Jean-Marie Charon. Il y a peu de sujets sur lesquels tout le monde est compétent.» Et le froid est avec les faits divers le sujet de proximité par excellence, qui concerne tout le monde. «Parler des choses que tout le monde vit ouvre vers des conversations faciles», juge Elisabeth Deswarte. «De plus, avec la crise, les gens sont généralement plus sensibles aux situations de grande fragilité, et s’identifient plus facilement à ceux qui souffrent du froid», juge Jean-Marie Charon.
Les médias, friands des sujets «concernants», se sont d’ailleurs emparés de la question. Dès les premiers flocons, les chaînes d’infos en continu ont dépêché leurs envoyés spéciaux, le Petit journal de Canal Plus a ricané de ses confrères qui ne parlaient que de ça... en y consacrant une séquence deux jours de suite. «Le froid intéresse aussi pour sa capacité à bousculer le timing bien rôdé du quotidien, ne serait-ce que dans les transports, explique Jean-Marie Charon. Mais les rédactions, elles, ont des logistiques bien rôdées. Et les audiences étant au rendez-vous, la boucle est bouclée.»

Courbe de l'emploi du mot «froid» sur Twitter. Tendance sur 7 jours au 2 février

Courbe du nombre de requêtes Google sur le mot «froid» en janvier 2012