Le débat houleux sur la prise en charge de l'autisme se déplace au tribunal

SANTE Une nouvelle étape dans la querelle qui oppose méthodes comportementales et psychanalyse dans le traitement des troubles...

Enora Ollivier

— 

Des affiches dans les locaux parisiens de la «FuturoSchool», structure développée par l'association «Vaincre l'autisme», le 12 janvier 2012.

Des affiches dans les locaux parisiens de la «FuturoSchool», structure développée par l'association «Vaincre l'autisme», le 12 janvier 2012. — VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

C’est une question qui fait rage en France, un débat qui met dos à dos des opinions inconciliables. Dans l’Hexagone, la prise en charge de l’autisme oppose deux écoles: les partisans d’une approche psychanalytique et les tenants d’une méthode comportementale.

La querelle a déjà fait irruption dans le champ politique -Martine Aubry, qui avait d’abord critiqué l’approche psychanalytique de l’autisme, avait dû clarifier sa position début janvier pour finalement indiquer «ne pas vouloir prendre parti»–, la voici aujourd’hui devant la justice.

Accaparement de la psychanalyse

Le tribunal de grande instance de Lille a condamné ce jeudi la réalisatrice Sophie Robert, auteur d'un film controversé sur la prise en charge psychanalytique de l'autisme. La documentariste était assignée par trois psychanalystes, qui estimaient que leurs propos avaient été sortis de leur contexte et déformé. Elle devra donc retirer les interventions des thérapeutes en question, et leur verser 19.000 euros.

Ce film, Le Mur, est devenu l’emblème de la dichotomie opposant les deux écoles. La réalisatrice, Sophie Robert, y interroge une trentaine de psychanalystes définissant l’autisme comme une maladie mentale, liée à un problème relationnel précoce avec la mère. Elle montre en parallèle des familles d’enfants atteints de troubles ayant opté, contre vents et marées, pour des méthodes éducatives adaptées, et pointe ainsi du doigt l’accaparement de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme en France.

La bande-annonce:

Les psychanalystes qui poursuivent la réalisatrice en justice réclament l’interdiction du film, pour l’instant diffusé sur le site de l’association «Autistes sans frontières», et la saisie des rushes. Ils estiment avoir été floués, et soutiennent que leurs propos ont été tronqués et déformés, ce que récuse Sophie Robert. 

Un député pour l’interdiction de la prise en charge psychanalytique

L’affaire arrive devant la justice alors qu’un rapport faisant le bilan du plan autisme 2008-2010 a pointé, mi-janvier, «un retard important dans l’approche» des troubles et «dans la mise en place de méthodes d’accompagnement et éducatives adaptées». Une façon de reconnaître officiellement la validité de ces méthodes.  La semaine dernière, le député UMP Daniel Fasquelle a même déposé une loi visant à interdire la prise en charge psychanalytique. L’élu s’insurge contre ces pratiques «financées par l’Assurance maladie» et qui sont «abandonnées depuis au moins 20 ans dans la plupart des pays occidentaux». Selon lui, l’apport des méthodes éducatives et comportementales «a été démontré dans plusieurs études». 

Le débat autour de la question de la prise en charge découle en fait de la qualification de l’autisme. Considéré comme une psychose jusqu’au début des années 1980, il était de ce fait traité par la psychanalyse. La recherche a permis de démontrer que l’autisme était en réalité un ensemble de troubles du développement, d’origine neurologique, qui entraînent des problèmes d’interaction sociale et de communication. Raisons pour lesquelles familles et associations plébiscitent une approche comportementale, adaptée à l’enfant et à sa façon de réagir aux stimuli.

Mais, en France, terre historique de psychanalyse, ces pratiques nouvelles ont du mal à être acceptées par les thérapeutes. Il a ainsi fallu attendre les années 2008-2009 pour que l’Etat autorise et finance des structures éducatives.