Cite Balagny. Entrée du hall d'immeuble où est décédé un homme de 25 ans durant un contrôle de police (Aulnay-sous-bois en Seine-Saint-Denis le 11 janvier 2012).
Cite Balagny. Entrée du hall d'immeuble où est décédé un homme de 25 ans durant un contrôle de police (Aulnay-sous-bois en Seine-Saint-Denis le 11 janvier 2012). - A. GELEBART / 20 MINUTES

William Molinié

Après une soirée agitée, la cité Balagny à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) tentait mercredi matin de retrouver son calme. La veille vers 21h30, un jeune homme de 25 ans est décédé lors d’un contrôle de police dans un hall d’immeuble. D’après le parquet de Bobigny qui estime, en l’état, pas nécessaire de solliciter l’IGS, la police des polices, l’origine du décès semblerait être «d’origine médicale». Une autopsie devrait être pratiquée dans l’après-midi pour connaître les causes du décès. Il semblerait que la thèse des violences policières ait été écartée par les deux autres individus interpellés en même temps que la victime et toujours mercredi matin en garde à vue.

D’après les premiers éléments, fournis par les policiers, le jeune homme venait de consommer un dérivé du viagra. Une explication remise en cause par les proches de la victime. «C’est n’importe quoi. Il en a pris certes, mais c’était la semaine dernière en Allemagne», rectifie Karim. Cet ami de la victime qui travaille pour la municipalité l’a accompagné la veille à la clinique d’Aulnay. «Je savais qu’il avait des problèmes de cœur», explique-t-il. Selon lui, les médecins lui auraient conseillé de prendre rendez-vous chez un cardiologue.

Rupture entre policiers et jeunes

Karim et ses amis décortiquent les informations distillées par les forces de l’ordre dans la presse depuis mardi soir. «Notre ami est traîné dans la boue. Les flics disent que c’est un toxico, qu’il avait eu des relations avec des prostituées. Faut qu’ils arrêtent. D’ordinaire c’est une cité calme. Mais on a passé une nuit d’enfer à tenir les jeunes du quartier. Ça va péter», prévient-il.

Une voiture de police passe à cet instant devant le hall d’immeuble. «Ne revenez-pas, ce n’est pas la peine de provoquer», leur lance le jeune homme. Le véhicule fait marche arrière. Une discussion s’engage alors entre lui et les fonctionnaires. «Il vous a dit qu’il était malade. Il ne pouvait pas s’agenouiller et vous l’avez quand même menotté de force», s’énerve-t-il. «Si on devait se procurer le certificat médical des gens qu’on arrête, on n’interpellerait plus personne», lui répond le policier, mettant fin au débat. L’incompréhension s’est installée entre les jeunes et les policiers de la ville.

«Ils nous provoquent toutes les nuits»

Ali, 55 ans, habite le quartier depuis 20 ans. Il nous montre son biceps droit, noirci par un hématome important. «Quand je suis sorti, il y avait des flics partout. J’ai levé les mains à la vue de la lumière qui était pointée vers moi. Mais trop tard, les policiers ont tiré dans le vide, j’ai reçu un coup de flash-ball», raconte-t-il. D’après lui, les policiers de la brigade anti-criminalité d’Aulnay-sous-Bois agissent au quotidien «en cow-boys et en provocateurs». «Les problèmes, ce sont eux qui les créent», ajoute-t-il, précisant qu’il ne portera pas plainte.

«Tous les flics ne sont pas mauvais», intervient son fils, qui habite l’immeuble où s’est déroulée l’interpellation mardi soir. «C’est surtout l’équipe de la BAC du soir qui pose problème. Les quatre qui sont intervenus, on les connaît bien. Ils nous provoquent toutes les nuits», précise-t-il.

Pour l’heure, l’éclairage public dans la cité a été coupé. «Ils ont mis le feu au transformateur», précise un agent d’EDF venu constater les dégâts. «Et encore, c’est rien. Si rien n’est fait pour comprendre pourquoi notre ami est mort, les jeunes du quartier ne vont pas comprendre», avertit Karim. «On veut que les policiers reconnaissent qu’ils n’ont pas tenu compte de son état de santé alors qu’il leur a précisé qu’il était malade».