Pierre Henry, le 27 août 2011 à La Rochelle (Charente-Maritime).
Pierre Henry, le 27 août 2011 à La Rochelle (Charente-Maritime). - PIERRE ANDRIEU / AFP

Contacté par 20 Minutes, le directeur général de France terre d’asile réagit à l’annonce par Claude Guéant mardi matin des chiffres 2011 de l’immigration.

Marine Le Pen avait parlé d’une «explosion» du nombre d’immigrés, Claude Guéant lui répond que les objectifs sont atteints. Qui a raison?

Le semblant de débat autour du nombre d’immigrés et de réfugiés n’a pas beaucoup de sens, Claude Guéant se fait prendre à son propre piège de la politique du chiffre. C’est une dispute de frères siamois avec la leader de l’extrême droite, un débat perverti qui n’en finira jamais parce que l’extrême droite sort des chiffres pour stigmatiser, pas pour analyser. Il est dans une espèce de course-poursuite avec le FN pour des raisons électorales que tout le monde connaît.

Claude Guéant parle d’une hausse du nombre de demandeurs d’asile mais d’une baisse du nombre de personnes ayant obtenu le droit d’asile. Que signifient ces chiffres?

Ce sujet fait l’objet d’une espèce de manipulation, car si on regarde les chiffres sur une décennie, on s’aperçoit qu’en 2010, le nombre de réfugiés demandeurs d’asile est inférieur à ce qu’il était en 2003, 2004 ou 2005. Et les taux de reconnaissance du statut de réfugié, c'est-à-dire des personnes ayant obtenu le droit d’asile, sont relativement élevés en 2010 ou en 2011 par rapport au reste de la décennie.

Quel intérêt pour le ministre de souligner la hausse du nombre de demandeurs d’asile par rapport au nombre de ceux qui l’obtiennent?

Le ministre dit que, s’il y a moins de demandeurs d’asile qui obtiennent le statut de réfugié, c’est parce qu’il y a plus de fraudeurs. Non! C’est parce qu’il y a moins de personnes qui rentrent dans les centres d’accueil et qui sont accompagnées dans leur demande d’asile. Elles étaient 38% en 2007 à bénéficier de cet accompagnement, et elles ne sont plus que 28% en 2010.

Le ministère sait présenter les chiffres comme ça l’arrange: dans son discours de Montauban du 25 novembre dernier, Claude Guéant parle d’une baisse du taux de reconnaissance du statut de réfugié, qui prouverait une augmentation de la fraude. Mais pour montrer cette baisse, il part de 2008, l’année où ce taux a été le plus fort de toute la décennie. Cela lui permet de justifier des mesures de plus en plus dures par rapport aux demandeurs d’asile. Autre exemple: pour les chiffres de l’immigration professionnelle, Claude Guéant ne prend plus en compte que les nouveaux entrants sur le territoire, alors qu’auparavant le ministère comptabilisait également les personnes qui bénéficiaient d’un changement de statut. Il présente les chiffres d’une manière telle qu’il travestit la réalité.

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