Notre internaute met un 9/20 à Luc Chatel!

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Publié le 15 décembre 2011.

PARTICIPATIF - Rose, internaute de «20 minutes» et professeur de collège, dresse le bulletin scolaire du projet de réforme de l'évaluation des enseignants...

Dans les rues de France ce jeudi, professeurs des écoles, collèges et lycées se réunissent pour manifester contre le projet de réforme de l’évaluation des enseignants, initié par Luc Chatel.
Rose, internaute de 20 Minutes et professeur de collège dans les Bouches-du-Rhône, a choisi de regarder de près la copie du projet du gouvernement: elle note pour 20 Minutes, proposition par proposition, les principales nouveautés du décret et de l’arrêté.

  • Le projet confie aux chefs d’établissement l’évaluation des professeurs de collèges et lycées.  Note = 8/20

«Les chefs d’établissement ne sont pas tous forcément profs, donc pas forcément légitimes, selon moi. Une de mes principales est ancienne professeur de mathématiques par exemple, et devra m’évaluer, moi, prof de français. Est-elle vraiment apte? Point positif, le chef d’établissement nous connaît mieux que l’inspecteur… Mais après, tout dépend de la relation entretenue avec lui: va-t-on devoir «copiner»? Si on lui confie nos angoisses ou difficultés pendant l’année, risque-t-on de voir ses aveux ressortir lors de l’évaluation?»
 

  • Cet entretien est précédé d’une auto-évaluation de l’enseignant.  Note = 13/20

«Il est vrai qu’actuellement, on n’incite pas les profs à avoir un regard critique sur leur comportement. Certains ne sont pas inspectés régulièrement et ont du mal à se remettre en question. Faire son auto-évaluation peut inciter à se poser quelques questions. Mais ceci n’est vrai que si les profs acceptent de jouer le jeu de l’autocritique. De plus, finalement, quel est le but? Progresser et se remettre en question? Ou se mettre des bâtons dans les roues?»
 

  • Le prof sera évalué sur sa capacité à faire progresser chaque élève. Note = 10/20

 «Un problème se pose: est-on aussi nul que nos élèves? S’ils sont tous faibles et que la moyenne n’a pas progressé à la fin de l’année, sera-t-on classé prof nul ? Et puis, ça veut dire quoi faire progresser? Faut-il forcément qu’il y ait un résultat concret? A-t-on la même note que celle de nos élèves? Et si les notes ne sont pas bonnes, il suffirait peut-être de les gonfler artificiellement.
 

  • Le prof sera évalué sur sa capacité à faire progresser les compétences dans sa discipline. Note = 5/20

«Actuellement, cet élément est vérifié par un inspecteur spécialiste de notre matière. Rien ne nous dit que ce sera le cas avec le chef d’établissement. Quelle sera la légitimité d’un prof de géo de me dire que je ne suis pas suffisamment au niveau en littérature et de me conseiller de faire un stage? Et qu’advient-il des inspecteurs?»
 

  • Le prof sera évalué sur sa capacité à faire progresser sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires. Note = 7/20

«C’est une mesure assez injuste selon moi. En tant que prof remplaçante, je suis sur deux établissements sans certitude d’y rester. Donc je ne peux pas m’investir dans un projet. Mon statut ne me permet pas d’avoir cette visibilité. Est-ce que je vais devoir perdre du temps à faire des choses non scolaires pour faire remonter ma note d’évaluation?  Il y a déjà de la compétition entre établissements et dans chaque établissement entre enseignants. Elle risque d’être renforcée. Autre point d’inégalité, les activités extérieures ou projets. Pour avoir une subvention, il faut monter des dossiers. Lorsqu’ils sont refusés, certains vont pouvoir solliciter financièrement les parents, d’autres non. Quant au lien avec les parents d’élèves, il n’a selon moi,  pas besoin d’être formalisé. Le prof qui ne s’implique pas de lui-même a clairement un souci… S’il pense que ce n’est pas son boulot de contacter les parents et qu’il a besoin d’une évaluation pour le lui rappeler, c’est déjà trop tard pour lui.»
 

  • Le prof sera évalué sur sa capacité à faire progresser la qualité du cadre de travail afin qu’il soit propice aux apprentissages et au partage des valeurs de la République, notamment le respect mutuel et l’égalité entre tous les élèves.  Note = 7/20

«Je veux bien apprendre aux élèves à dire bonjour mais pas dans une classe en sureffectif. C’est tout à fait possible si on a les bonnes conditions matérielles. Oui, je pense que c’est aussi notre rôle. J’ai intégré l’idée de servir de «parents-bis».Même si beaucoup de profs s’en plaignent, je me dis que c’est important. Par contre, si «le partage des valeurs de la République», c’est lire la lettre de Guy Moquet ou afficher la Déclaration de 1789, je ne vois pas réellement l’intérêt.»
 

  • L’entretien d’évaluation aura lieu tous les trois ans. Note = 14/20

«Savoir qu’il y a une échéance, régulière et fréquente, c’est une bonne chose. Seul bémol: quand on change d’établissement chaque année, il est difficile d’évaluer son travail sur trois années. Et il est encore plus difficile pour le supérieur de réussir à évaluer l’enseignant. Actuellement, l’inspecteur couvre une zone très large donc il est tout à fait possible de rencontrer le même pour plusieurs entretiens d’affilée. Ce n’est absolument pas le cas du chef d’établissement.»
 

  • L’avancement dépendra de la «valeur professionnelle» de chaque enseignant, jugée lors de l’entretien d’évaluation.  Note = 9/20

«Actuellement, un prof qui veut progresser vite peut le demander (avec le système de choix et de grand choix). Maintenant la vitesse est unifiée : ok, cela simplifie une procédure d’avancement ultra-compliquée. Le problème, c’est que le chef d’établissement possède une quantité de réductions d’ancienneté (bons points qui font évoluer le salaire) limitée.  On imagine d’ici les soucis de copinage et de compétition entre les profs.»


Moyenne: 9,125/20

«Des profs mauvais, nous savons que ça existe, mais là, le gouvernement met les profs au pilori, et place dans le même panier le mini lot de fumistes et l’immense majorité de bons profs.  L’idée d’introduire une logique de compétition me parait un peu dangereuse.  Enfin, l’Education nationale ne peut pas être considérée comme une entreprise privée. Oui, cela doit évoluer mais pas dans ce sens là: on s’éloigne de notre projet d’enseignement.»

Vous êtes enseignant, parent d’élève, étudiant? Notez vous aussi les principales mesures du projet de réforme de l’évaluation des enseignants, en participant dans les commentaires ci-dessous ou en nous écrivant à reporter-mobile@20minutes.fr. 

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