Prostitution à Paris le 1er septembre 2002.
Prostitution à Paris le 1er septembre 2002. - HOUNSFIELD/HADJ/SIPA

Propos recueillis par Corentin Chauvel

L’Assemblée nationale a réaffirmé mardi la position abolitionniste de la France en matière de prostitution, s'inspirant d’un rapport publié en avril dernier par la mission d'information parlementaire sur le sujet. Une proposition de loi qui reprend plusieurs mesures du rapport, dont la pénalisation des clients, a été déposée dans la foulée. Françoise Gil, sociologue et membre du Strass (Syndicat du travail sexuel), dénonce pour 20 Minutes «l’inanité de cette proposition».

>> Pour lire l'avis de Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid, favorable à la proposition de loi sur la prostitution, cliquez ici

Après le rapport rendu au printemps dernier, l’Assemblée nationale confirme ses motivations, c’était prévisible?
Tout à fait, c’est tout sauf du hasard. Il y a eu un véritable travail de lobbying effectué par le mouvement du Nid auprès des parlementaires. A chaque fois que j’ai discuté avec des députés, j’entendais le vocabulaire, le dogme, de cette association, sur le client qui devient le «prostitueur». Quand j’ai été auditionnée par la mission d’information parlementaire, ils avaient déjà décidé de conclure selon cette idéologie, il y avait un parti pris évident. Et je regrette que certaines féministes s’acoquinent avec ces gens alors qu’ils n’ont rien à voir d’habitude. Cela me choque profondément que l’on décide ce qu’est la dignité des prostituées à leur place.

Comment voyez-vous l’évolution des choses si le client vient à être pénalisé?
Tout d’abord, ce n’est pas sûr que la loi soit votée parce que c’est un terrain glissant et que certains députés n’osent pas se mouiller. De plus, dans l’opinion générale, tout le monde n’est pas d’accord, on voit par exemple qu’il y a des gens comme Olivier Py ou Philippe Caubère, qui ont de la notoriété, qui sont informés à ce sujet. Ensuite, de quoi l’Etat se mêle-t-il? Le problème majeur, c’est le proxénétisme, il faut lutter contre les réseaux et aider les gens qui veulent en sortir et accorder un statut aux autres. Si la loi est votée, il faudra voir s’il y a les conditions réelles pour l’appliquer, si les policiers vont vraiment courir après les clients. Si on arrive à ce qu’il se passe en Suède, c’est catastrophique et les résultats sont les mêmes. Les femmes sont stressées, la clandestinité et la violence augmentent. C’est inutile, inefficace et dangereux.

Pensez-vous que la France pourra, à l’inverse, se retourner un jour vers un régime plus souple comme en Allemagne?
Il faudrait pour cela que les prostituées soient entendues, qu’on arrête de les prendre pour des illuminées. Mais, contrairement à ce qu’il se passe en Allemagne, elles ne veulent pas être salariées. Elles préfèrent travailler en coopérative, auto-gérées, sans proxénète, sans patron, elles ont une volonté d’indépendance. Il faut aussi accorder un statut à ces personnes, qu’elles aient les mêmes droits sociaux que tout le monde. Le modèle suisse est le plus convenable. Là-bas, les prostituées travaillent librement, il faut simplement être Suissesse ou avoir un permis de séjour de dix ans et se déclarer aux autorités.

Et vous, qu’en pensez-vous? Faut-il punir les clients des prostituées? Une société sans prostitution est-elle possible? Votre avis dans les commentaires ci-dessous.