Hypersexualisation des petites filles: «Les parents doivent expliquer à leur enfant que la séduction n'est pas le seul atout d'une femme»

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Publié le 7 décembre 2011.

INTERVIEW - Pour le pédopsychiatre Stéphane Clerget, les «lolitas» ne sont pas des petites filles «en avance», mais au contraire des enfants qui sont encore dans la phase oedipienne, à qui les parents doivent apprendre que le côté séducteur n'est qu'une représentation limitée de la féminité...

La sénatrice Chantal Jouanno vient d’être chargée d’une mission sur l’«hypersexualisation des petites filles», notamment dans les publicités, par la ministre des Solidarité et de la Cohésion sociale, Roselyne Bachelot. La sexualisation précoce des fillettes, transformées en lolitas à grand renfort de strings, de soutien-gorge rembourrés et de maquillage, inquiète. Le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur de Nos enfants aussi ont un sexe (éd. Robert Laffont), explique à 20 Minutes les conséquences sur la construction psychique de ces petites filles hypersexualisées.

Pourquoi cette tendance se développe-t-elle de plus en plus?

C’est un phénomène qui s’explique par différents facteurs. Il y a d’abord un facteur physiologique puisque la puberté n’a jamais été aussi précoce. Il y a aussi un facteur social. Le clivage entre le monde des adultes et celui des enfants est beaucoup moins important qu’auparavant, notamment sur la question de la sexualité: les enfants ont un accès plus facile et plus long à la télévision ou à Internet, et ils peuvent aussi recevoir les confidences des adultes, et donc une éducation à la sexualité mal à propos. Enfin, le fait que certains parents tolèrent, voire se satisfont que leur enfant soit «en avance» par rapport à son âge peut aussi contribuer à entretenir le phénomène. C’est aussi un phénomène commercial qui se met en place, une pression du marketing qui crée un besoin, qui favorise de nouveaux comportements et de nouvelles attentes. Cependant, il ne faut pas exagérer, c’est un phénomène social qu’il faut prévenir, mais toutes les petites filles de 8 ans ne sont pas des lolitas.

Que se passe-t-il chez ces «lolitas»?

On dit de ces petites filles qu’elles sont «en avance», or, c’est en fait exactement l’inverse: ce sont des petites filles qui n’ont pas assez maturé. Les petites filles sont séductrices, s’habillent avec les vêtements de leur mère, ont une fascination pour le maquillage vers 4-5 ans, lors de la phase oedipienne. Puis, entre 6 et 11 ans, il y a ce qu’on appelle une période de latence, où l’enfant est très pudique, et même gêné quand il voit des gens s’embrasser sur la bouche par exemple. Cette période de latence est consacrée aux apprentissages (scolaires, sociaux, …). Les petites filles qui sont restées dans la période précédente placent leur énergie dans la séduction, dans le souci de plaire, et ne sont pas disponibles pour faire ces apprentissages.

Quelles sont les conséquences de cette hypersexualisation?

Si les parents tolèrent, voire encouragent ce comportement, ces enfants vont être amenées à penser qu’être belle est la seule chose qu’elles ont de bien. Elles risquent plus tard de se lancer dans une course à la perfection, car leur apparence sera devenue une obsession. Or, c’est une quête sans fin: il y aura toujours une imperfection, et donc un mal être. Elles seront perpétuellement mal dans leur peau, elles pourront faire de la chirurgie esthétique à outrance, des régimes mal à propos, voire développer des troubles de l’alimentation… A l’inverse, une petite fille qui aura fait les apprentissages dans la période de latence sera en capacité de se dire «Je ne suis pas la plus belle, mais je suis polie/intelligente/ travailleuse…» Elle saura trouver d’autres sources de satisfaction qui lui permettront de supporter de ne pas être parfaite physiquement.

Comment les parents peuvent-ils agir?

Il faut faire comprendre aux enfants que le côté séducteur et désirable n’est qu’une représentation limitée de la féminité. Il faut que les parents expliquent à leur enfant que la séduction n’est pas le seul atout, la seule arme d’une femme. Et surtout, il ne faut pas dire à une petite fille «tu es trop petite pour porter tel vêtement», mais plutôt «tu es trop grande pour te conduire comme une princesse».

Propos recueillis par Bérénice Dubuc
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