Parmi les centrales anciennes dans le collimateur : celle de Fessenheim (est), considérée comme la première à devoir fermer, mais également de Chinon (centre) et du Bugey (centre-est), selon Le Monde.
Parmi les centrales anciennes dans le collimateur : celle de Fessenheim (est), considérée comme la première à devoir fermer, mais également de Chinon (centre) et du Bugey (centre-est), selon Le Monde. - Patrick Hertzog afp.com

Recueilli par Gilles Wallon

Cette fois, Greenpeace a frappé un grand coup. Ce lundi matin, des militants de l’organisation écologiste ont réussi à pénétrer dans l’enceinte de la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) «pour faire passer le message que le nucléaire sûr n'existe pas». Une intrusion qui tombe particulièrement mal, quelques mois après l’accident de Fukushima (Japon) et la décision du gouvernement de lancer un audit sur la sécurité des centrales nucléaires. Les centrales sont-elles suffisamment sûres? Mycle Scheiner, expert indépendant, fait le point pour 20 Minutes.

Les sites nucléaires français sont-ils sûrs?

Il faut distinguer sûreté et sécurité. Avec l’intrusion de Greenpeace, il s’agit clairement d’un problème de sécurisation des sites qui peut mettre en danger leur sûreté. Mais ce qui vient de se passer n’est pas étonnant du tout. La problématique de l’accès potentiel de gens mal intentionnés à des parties essentielles des sites nucléaires, ça fait partie des cauchemars de tous les experts.

Sans compter les actions de personnes malveillantes venant «de l’intérieur». Quand vous avez des centaines de personnes qui travaillent sur un site, souvent des sous-traitants ou des sous-traitants de sous-traitants, vous n’êtes même jamais complètement sûrs de qui peut entrer. C’est un magma d’entreprises, sur lesquelles on n’a pas toujours toutes les informations indispensables, qui travaillent sur les sites nucléaires. Sans compter le problème le plus flagrant: les transferts de matières et déchets nucléaires. Ces convois peuvent être attaqués sur des centaines de kilomètres. On le sait pertinemment.

Quels sont les précédents d’actions malveillantes sur les sites nucléaires?

Il y en a toute une liste. Des matières radioactives ont été volées, y compris en France. En 1978, par exemple, une pièce métallique radioactive a été dérobée par un employé de l’usine de La Hague et glissée sous le siège de voiture de son supérieur. Aux Etats-Unis, un assaillant a tenté d’entrer sur un site en défonçant les barrières avec un camion. En Afrique du Sud, un commando de quatre personnes lourdement armé a grièvement blessé un gardien lors de l’attaque d’un site nucléaire.

Dans le monde, on dénombre des centaines de cas de vols de matières radioactives, qui sont ensuite proposées sur le marché noir. Des malfaiteurs tentent parfois de faire passer leur butin, en général des déchets radioactifs, pour des matières utilisables pour créer des explosifs nucléaires. Et parfois, il s’agit réellement d’uranium enrichi ou de plutonium.

Y a-t-il un écart entre le discours rassurant des autorités et la réalité de la sûreté nucléaire sur le terrain?

La façon de gérer les vrais problèmes de sécurité et de sûreté nucléaire en France, c’est de ne pas en parler. On aime mettre un tampon secret défense, et on dit que tout va bien. Cela dure depuis très longtemps. Un exemple: EDF avait des documents sur la résistance des sites nucléaires français à des possibles chutes d’avion. Ils ont été classés secret défense. C’est un responsable du réseau Sortir du Nucléaire qui les a rendu publics, et ça lui a valu plus de 14 heures de garde à vue par la DST.

Greenpeace n’en est pas à son premier coup d’éclat… 

C’est extrêmement inquiétant, et même franchement lamentable, qu’il faille que ce soit Greenpeace qui démontre les failles de l’accès aux sites nucléaires français. C’est à l’Etat de garantir que des dispositifs draconiens sont mis en place. Aux Etats-Unis, l’Etat organise régulièrement des exercices de simulation d’intrusion sur les sites nucléaires. En France, de tels exercices existent, mais ils ne sont pas du tout organisés avec la même régularité. Et les résultats sont tenus... secrets.