La cité Félix Piat dans les quartiers Nord de Marseille
La cité Félix Piat dans les quartiers Nord de Marseille - NICOLAS JOSE/SIPA

Joseph, internaute de «20 Minutes»

«Je m'appelle Joseph, j'ai 37 ans, je suis père de famille et je vis à Marseille depuis 1990. J'ai habité dans les quartiers Nord avec mes parents puis je me suis installé en centre-ville. Je suis actuellement en formation professionnelle.

La véritable violence, à Marseille, je pense qu'elle est sociale. La pauvreté et le manque de considération, à la longue, ça bouffe tout.

Les pauvres, on s'en fout, ça paye pas d'impôts et ça vote à gauche

Je ne sais pas si c'est plus qu'ailleurs, mais la pauvreté est clairement visible à Marseille, en centre-ville et surtout dans les quartiers Nord. Un quartier comme la Belle de Mai par exemple, est en train de se dégrader à grande vitesse.

A Marseille, les pouvoirs publics accordent plus d'attention à certaines populations qu'à d'autres. Vous voulez un exemple? Les transports en commun. Quand je suis arrivé à Marseille il y a vingt ans, j'habitais dans les quartiers Nord et déjà à l'époque, on parlait de l'arrivée du métro. Vingt ans après, on l'attend toujours. Comment font les gens qui habitent à la Savine, à la Solidarité, à la Bricarde? Ils se tapent le bus, pourri, surchargé, coincé dans les embouteillages...

Depuis quelques années, on a le tramway à Marseille. Franchement, c'est super, une réussite... Pour ceux qui habitent sur le trajet. Il y a deux lignes de tram, une trentaine de stations, ça doit couvrir au maximum 10% de la ville. Comment a été décidé le parcours? Vous le savez vous? Moi non. Ce qui est sûr, c'est que les quartiers Nord n'ont jamais été concernés, ni par le projet A, ni par le projet B ou C ou X.

"Le vélo" (vélo en libre service, genre de vélib) est aussi une belle réussite. Des stations partout... dans le centre et dans le sud. Les transports, c'est un exemple (important quand même), mais il y a plein d'autres trucs. J’ai le sentiment que les pauvres, on s'en fout, ça paye pas d'impôts et ça vote à gauche.

Niveau emploi, Marseille vit sous perfusion

Selon moi, il n’y a pas de perspective dans cette ville, pour sortir de la merde: pas d'industrie donc pas de boulot. Marseille a été une grande ville industrielle (le port surtout, mais aussi le savon, les tuiles, etc.) Puis les usines ont fermés et les ouvriers se sont retrouvés au chômage. Depuis, les nouvelles industries ne se sont pas implantées sur Marseille. Elles sont à Fos-sur-Mer, sur l'Etang de Berre, à Aix-en-Provence. Il n'y a pas de gros employeur dans cette ville.
Alors la mairie essaie pitoyablement d'attirer des entreprises et des touristes. Je suis cynique car je crois qu'ils s'y prennent mal.  Il n'y a pas de boulot ou très peu, et mal payé selon moi. Il y a une surenchère au niveau des diplômes, beaucoup d'emplois aidés. J'ai parfois l'impression que cette ville vit sous perfusion.

Marseille, ça craint, mais pas simplement à cause des jeunes à casquette


Mais la violence, elle est politique aussi. Quand on voit le niveau de ceux qui nous représentent dans cette ville, on pleure. Le clientélisme, pour moi, c'est la norme. On gère des clans, des communautés. Tu n'as rien sans rien. Et puis, les arrangements, ce n’est pas très grave, c'est même un peu respectable. Les règles, c'est bien mais c'est pour les autres.

Je pense que les gens qui nous représentent dans cette ville sont loin d'être des exemples de droiture morale. L'intérêt général, ils ne connaissent pas. Ils gèrent une somme d'intérêts privés. Comment voulez-vous que en face, d'autres gens, dont la situation sociale difficile ne favorise pas la prise de recul, puissent eux faire preuve de moralité alors que tout les pousse à s'arranger avec la légalité? Je crois en la valeur de l'exemple. Exige des autres ce que tu exiges de toi-même, ce genre de blabla. Ici, ça ne vaut pas grand-chose.

Bref, Marseille ça craint en ce moment, mais ce n’est pas seulement à cause des jeunes à casquettes...»