Monique Pelletier a 85 ans. Elle a été secrétaire d’Etat à la Justice, ministre de la Condition féminine et de la famille, membre du Conseil constitutionnel et a mené, à ce titre ou à d’autres, des combats pour les droits des femmes, contre la drogue, pour l’amélioration de la justice. Dans son livre Le Soleil peut attendre, elle retrace ces luttes et estime que «les Français [sont] désormais sensibilisés ». Ils ne le sont pas, en revanche, sur «la situation des personnes handicapées». Le mari de Monique Pelletier est en situation de grand handicap depuis trente-trois ans et elle est présidente du Conseil national handicap. «C’est le combat qui me tient le plus à cœur à présent: il concerne trois millions et demi de personnes en France.»
Vous estimez que la France est très en retard sur la situation des personnes handicapées.
Bien sûr. Aux Etats-Unis, Roosevelt était en fauteuil roulant! En Allemagne, le ministre de l’Economie est aussi en fauteuil roulant. Au Royaume-Uni, un aveugle a occupé le poste de ministre de la Justice. Je vous donne un exemple concret. J’avais comme administrateur un tétraplégique. Il a été nommé en poste à Londres et sa vie a changé. Il pouvait aller au cinéma, au restaurant, circuler, ce malgré son énorme handicap.
Pourquoi tant de retard?
Il y a une relative indifférence des pouvoirs publics. Ce n’est pas pour le gouvernement une action prioritaire. Les entreprises aussi doivent comprendre tout ce qu’un salarié handicapé peut apporter aux autres. Il n’y a pas de raison que le chômage des personnes handicapées soit trois fois supérieur à la moyenne.
Mais c’est parfois compliqué.
C’est même parfois impossible. Et c’est important de le souligner. Parmi les 3,5 millions de handicapés en France, il y en a quelque 400.000 qui ont perdu leur autonomie, qui sont grabataires, et il faut s’en occuper mais ne pas laisser croire qu’ils pourront vivre comme les autres. En revanche, parmi les autres, certains ont aussi de lourds handicaps mais souvent quelques aménagements suffisent.
Outre les pouvoirs publics ou les entreprises, comment trouvez-vous que les gens se comportent avec les personnes handicapées?
Il y a des progrès très importants dans l’attitude des gens par rapport aux personnes en fauteuil roulant. Ils sont beaucoup moins écartés. En revanche, dès qu’il y a des déformations physiques importantes, des gens qui ont les yeux qui ne regardent pas dans le même sens ou qui bavent, c’est la terreur, on s’écarte.
Comment changer cela?
Les médias, le cinéma, tout ce qui produit des représentations, ont une importance capitale. Donc un film comme Intouchables, un programme comme Vestiaires c’est très bien. J’ai été entendue par le CSA, j’ai plaidé pour qu’il y ait des émissions régulières sur la question. Pour sortir d’un désert médiatique, le téléthon excepté.