Le patron de la police du Nord va quitter ses fonctions rapidement pour être muté à Paris, une mutation qui ressemble à une sanction au lendemain de sa garde à vue dans l'affaire de proxénétisme liée à l'hôtel Carlton de Lille, pour laquelle il ne fait l'objet d'aucune poursuite.
Le patron de la police du Nord va quitter ses fonctions rapidement pour être muté à Paris, une mutation qui ressemble à une sanction au lendemain de sa garde à vue dans l'affaire de proxénétisme liée à l'hôtel Carlton de Lille, pour laquelle il ne fait l'objet d'aucune poursuite. - Philippe Hughen afp.com

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Le patron de la police du Nord va quitter ses fonctions rapidement pour être muté à Paris, une mutation qui ressemble à une sanction au lendemain de sa garde à vue dans l'affaire de proxénétisme liée à l'hôtel Carlton de Lille, pour laquelle il ne fait l'objet d'aucune poursuite. Jean-Claude Menault, 62 ans, «dès qu'il sera muté», fera «valoir ses droits à la retraite», a indiqué son entourage.

Des éléments rendent difficiles la poursuite de l'exercice de ses fonctions dans le Nord

Jean-Claude Menault, dont une source proche du dossier avait d'abord annoncé la mise à la retraite immédiate, va en fait être muté dans les prochains jours à la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP), selon le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, qui réfute toute sanction.

«Il est apparu que les éléments recueillis par l'Inspection générale de la police nationale lors de l'audition du directeur départemental hier (jeudi) rendaient difficiles la poursuite de l'exercice de ses fonctions à la Direction départementale du Nord. Il a donc été muté», a expliqué Claude Guéant, en déplacement à Libourne (Gironde).

«S'il a la possibilité de prendre sa retraite, c'est à son initiative»

«S'il a la possibilité de prendre sa retraite, c'est à son initiative», a fait remarquer Claude Guéant, tout en assurant qu'«il n'y a aucune procédure disciplinaire à son encontre». Selon son entourage, Jean-Claude Menault va quitter ses fonctions dans le Nord dès vendredi soir, mais «officiellement à compter du 2 novembre». Il avait jusqu'ici prévu de prendre sa retraite fin 2012.

Il est le deuxième haut responsable policier du Nord à subir les conséquences de son implication présumée dans l'affaire liée à l'hôtel Carlton. Mis en examen pour proxénétisme aggravé le 21 octobre, Jean-Christophe Lagarde, chef de la Sûreté départementale du Nord, avait été suspendu le lendemain par le ministère de l'Intérieur. Jean-Claude Menault avait été entendu pendant cinq heures par la «police de polices», jeudi à Paris, avant d'être laissé libre, sans être poursuivi.

Jean-Claude Menault «piégé» par une soirée débridée

Les enquêteurs souhaitaient notamment l'interroger sur un voyage à Washington en décembre 2010 pour y rencontrer Dominique Strauss-Kahn, ainsi que sur ses relations avec d'autres mis en examen dans ce dossier, comme Jean-Christophe Lagarde. Selon des sources policières, Jean-Claude Menault y était allé pour conseiller l'ancien favori de la présidentielle sur les questions de sécurité.

Jean-Christophe Lagarde, deux chefs d'entreprise nordistes, David Roquet, patron d'une filiale d'Eiffage, et Fabrice Paszkowski, avec deux jeunes femmes étaient également de ce voyage. Jean-Claude Menault s'était «senti un peu piégé» lorsque, lors d'un dîner avec l'ancien patron du FMI, la soirée s'était débridée, selon une source proche du dossier. Il avait alors regagné sa chambre d'hôtel et écourté son séjour aux Etats-Unis.

Huit personnes mises en examen au total

David Roquet et Fabrice Paszkowski auraient réglé par le biais de leurs sociétés certains frais pour ces déplacements, et pour des parties fines auxquelles ils auraient participé avec DSK à Paris, ce qui pourrait constituer un abus de biens sociaux. La cour d'appel de Douai, saisie de recours demandant leur remise en liberté, a décidé vendredi que ces deux entrepreneurs resteraient en détention. Lors de l'audience, David Roquet a, selon son avocat, accusé Eiffage d'être au courant des parties fines et d'en avoir financé certaines. Le groupe de BTP a réagi en dénonçant des «accusations sans fondement».

Au total, huit personnes ont été mises en examen dans cette affaire, dont le propriétaire et le gérant d'hôtels lillois, ainsi qu'un avocat lillois. Son implication présumée ainsi que celle de Jean-Christophe Lagarde ont été invoquées par le procureur de Lille, qui a demandé mardi le dessaisissement des juges lillois qui instruisent le dossier. La Cour de cassation a huit jours pour statuer. L'affaire semble avoir un lien avec la mise en examen début octobre à Courtrai, en Belgique, d'un Français exploitant des salons de massage, Dominique Alderweireld, alias «Dodo la Saumure».