Babu, mort dans le métro: Retour sur un emballement médiatique, politique et public

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Publié le 10 octobre 2011.

DÉCRYPTAGE - En une semaine, la version originelle de l'affaire s'est retournée...

Pendant plusieurs jours, l’histoire de «Babu», le bon samaritain du métro, mort en voulant sauver une jeune femme des griffes de son agresseur, a bouleversé l’opinion publique, abondamment relayée par les médias et commentée jusqu’au gouvernement. Si Babu est bien mort sur les voies du métro parisien le 30 septembre, l’enquête a fini par révéler que l’homme d’origine indienne avait porté les premiers coups à son adversaire et qu’aucune jeune femme n’avait jamais été agressée.

Pourquoi un emballement si soudain? Jean-Marie Charon, sociologue des médias, voit dans l’affaire Babu des points comparables avec celle de la fausse agression du RER D en 2004. «Il y a un climat d’attente. A l’époque, la thématique de l’antisémitisme en banlieue était dans l’air du temps et l’événement cadrait exactement avec ce qui était redouté», explique le chercheur à 20Minutes.

«Aujourd’hui, il y a le contexte de la montée d’une certaine violence, de l’insécurité, notamment dans le métro, et on s’emballe très vite», ajoute-t-il, pointant du doigt le temps de traitement toujours plus rapide du fait-divers dans les médias. «On met ça sur le dos des sites Internet, mais les radios et les chaînes de télévision en continu apportent un rythme qui n’existait pas auparavant», souligne Jean-Marie Charon.

Déconnexion entre temps réel et enquête

La «capacité des médias audiovisuels à envoyer une personne rapidement sur place» et à répéter l’information «de bulletin en bulletin» contribue ainsi à cet «effet d’emballement». Tout cela, ajouté aux sites Internet d’information et à Twitter, «cette merveilleuse machine à alerter», fait évoquer au sociologue une «déconnexion» entre «la chronologie en temps réel» et la véritable enquête policière, qui ne s’appuie pas que sur une «cacophonie de témoignages».

Jean-Marie Charon regrette ainsi «la culture du doute du fait-diversier classique, qui avait tendance à relativiser ce risque de dérapage». Toutefois, le chercheur condamne également l’attitude des officiels même si, dans le cas de l’affaire Babu, elle est moins forte et décalée que dans celle du RER D. 

Les officiels, «à la remorque des médias»

Thierry Mariani et Frédéric Mitterrand, respectivement ministres des Transports et de la Culture, n’ont pas tardé à intervenir dans l’affaire, tous les deux se rendant sur les lieux du drame. Pour Jean-Marie Charon, leur intervention ne fait que «populariser la chose», se plaçant «à la remorque des médias». Surtout, «ils viennent conforter le fait qu’il s’agissait de la bonne histoire alors qu’ils ont les moyens de prendre du temps pour faire remonter les informations de police», précise-t-il.

Selon le chercheur, là encore, le contexte actuel peut expliquer cette «prise de risques»: «Nous sommes en période électorale, le politique rame beaucoup sur pas mal de gros dossiers, alors on donne le sentiment qu’on est proche des gens, on se met à surfer sur le thème du héros.»

Après la révélation des faits, «tout le monde se retrouve coincé»

La version de l’«agresseur» présumé de Babu, confirmée ensuite par le parquet, n’est arrivée qu’une semaine après les faits, mettant en lumière les premiers éléments venant contredire la version originelle de l’affaire. «Mais tellement de choses ont été dites et faites que tout le monde se retrouve coincé», estime le sociologue.

Il est alors impossible de revenir en arrière et c’est la crédibilité des médias qui est de nouveau mise à mal. «Les gens n’en garderont pas un souvenir exact, mais même longtemps après, les énormes plantages finissent toujours par ressortir dans les discussions», prévient Jean-Marie Charon.

Corentin Chauvel
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