Nicolas Sarkozy, le 2 septembre 2011, lors d'une table ronde à Sainte-Marguerite, dans l'est de la France.
Nicolas Sarkozy, le 2 septembre 2011, lors d'une table ronde à Sainte-Marguerite, dans l'est de la France. - P. HERTZOG / AFP

M.P. avec Reuters

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La «fable» que dénonçait Nicolas Sarkozy en 2009 commence à prendre de la consistance. Il y a deux ans, le juge Trévidic abandonnait l’hypothèse Al-Qaida dans l’attentat de Karachi pour s’orienter vers la piste des rétro-commissions dans le cadre d’un contrat militaire passé avec le Pakistan. Aujourd’hui, les investigations dans ce dossier ont révélé des soupçons de corruption en marge de contrats d'armement et de la campagne d'Edouard Balladur lors de l'élection présidentielle de 1995.

Campagne dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole, alors qu’il était ministre du Budget d’Edouard Balladur. Dès 2009, Me Olivier Morice, l’avocat des familles des victimes, pointait le rôle de l’actuel chef de l’Etat. «Nicolas Sarkozy est au centre de la corruption», accusait-il en juin 2009. Des soupçons «confirmés», estime-t-il, par la mise en examen ce jeudi de Nicolas Bazire, l’ancien directeur de campagne d’Edouard Balladur. «Il va de soi et il est certain que si Nicolas Sarkozy n'était pas actuellement président de la République, il serait entendu parce que les pistes mènent vers sa responsabilité», a-t-il ajouté devant la presse mercredi.

«Ça se rapproche de 'la Sarkozie'»

Un autre très proche de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert, trésorier de la campagne de l’ancien Premier ministre, a également été mis en examen mercredi. Ce qui fait titrer à Libération ce jeudi matin: «La Sarkozie en garde à vue». Il faut dire que Gaubert était l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci était maire de Neuilly-sur-Seine et au ministère du Budget. Et que Nicolas Bazire est un des proches parmi les proches du chef de l’Etat depuis une vingtaine d’années. Il a notamment été son témoin de mariage en 2008.

«Ça sent mauvais. Il y a quand même des accusations extrêmement précises», a réagi Laurent Fabius sur RMC, notant que «ça se rapproche de ce qu'on appelle dans les journaux 'la Sarkozie'».

L'enquête a révélé  que 20 millions de francs en espèces ont été versés sur le compte de campagne d’Edouard Balladur. De l’argent qui pourrait provenir des rétro-commissions liées aux contrats d’armement avec le Pakistan, estime le juge Van Ryumbeke, en charge du volet financier de l’affaire, sans disposer de preuves matérielles pour étayer ses accusations. Edouard Balladur, lui, a expliqué que cet argent venait de la vente de gadgets, de t-shirts et de dons de sympathisants.

«Il aura du mal à s'en exonérer»

Nicolas Sarkozy n’a été nommé qu’une seule fois dans le cadre de cette enquête: dans un rapport de police luxembourgeois remis au juge Van Ruymbeke en 2010, qui le désigne comme l'un des possibles maîtres d'œuvre de la mise en place de circuits financiers au Luxembourg, par lesquels sont passées les commissions du contrat pakistanais. Depuis deux ans, Nicolas Sarkozy a gardé la même ligne de conduite: rejeter toutes les accusations en bloc. Le chef de l’Etat est «totalement étranger» à cette affaire, a réaffirmé l’Elysée ce jeudi. «Il n'a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne. Il en était le porte-parole», précise le communiqué, qui parle de «calomnie» et de «manipulation politique».

Reste que les développements de cette affaire tombent mal pour le chef de l’Etat, à quelques mois de la présidentielle. «Nicolas Sarkozy n'est certes pas mis en cause directement, mais son entourage l'est. Cela concerne la campagne présidentielle de Balladur, dont il a été une des chevilles ouvrières et une certaine façon de faire de la politique. Quand bien même la justice s'en tiendrait aux personnes  mises en cause, il aura du mal à s'exonérer en disant que cela ne le concerne pas», explique à Reuters  François Miquet-Marty, directeur de l'institut Viavoice.