Les pauvres menacés d'être mis à la diète en Europe

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Publié le 21 septembre 2011.

BRUXELLES - Les Européens ont échoué mardi à trouver un accord pour maintenir en l'état un programme d'aide alimentaire crucial pour les pauvres tirée des fonds agricoles, renvoyant toute décision à plus tard alors que les associations caritatives tirent la sonnette d'alarme.

"Nous n'avons pas encore enregistré de compromis, ce sera peut-être le cas plus tard", a dû constater le ministre polonais de l'Agriculture Marek Sawicki, dont le pays préside l'UE, à l'occasion d'une réunion infructueuse avec ses homologues européens à Bruxelles.

Le président français Nicolas Sarkozy a jugé à Paris "inacceptable que l'Europe abandonne les plus faibles de ses concitoyens", et plaidant qu'il était "de la responsabilité" de l'Europe de "garantir les financements".

Le blocage provient de six des 27 Etats de l'UE qui "sont clairement opposés" à une solution permettant d'éviter, en 2012 et 2013, une réduction drastique du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD), a souligné M. Savicki en regrettant leur "manque de volonté politique".

L'Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et la République tchèque forment à eux seuls une minorité de blocage qui pourrait faire passer les fonds alloués au PEAD de 480 millions d'euros cette année à 113,5 millions d'euros en 2012.

"Six Etats décident d'affamer" 18 millions d'Européens démunis, a tonné le député européen belge Marc Tarabella.

L'enjeu est de taille: ce programme permet de distribuer chaque année 440.000 tonnes d'aide alimentaire dans une vingtaine d'Etats, a souligné le commissaire européen à l'Agriculture, le Roumain Dacian Ciolos.

"Il sera très difficile d'expliquer pourquoi un programme qui a 25 ans d'histoire sera bloqué pour deux ans juste parce que certains Etats membres ne souhaitent pas assumer leur responsabilité politique et se cachent derrière toutes sortes d'arguments juridiques qui n'ont pas lieu d'être", s'est-il emporté.

Les Six brandissent un arrêt de la Cour européenne de justice, qui, en avril, a estimé que ce programme lancé en 1987 sous l'impulsion du président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, à la suite de l'appel du fondateur des "Restos du Coeur", l'humoriste français Coluche, avait été dénaturé.

De fait, les excédents agricoles qui l'alimentaient ont pratiquement disparu, au point d'être supplantés ces dernières années par des achats massifs de nourriture, financés par la Politique agricole commune (PAC).

Or, ces achats n'ont rien à voir avec la PAC et relèvent de la politique sociale, a argumenté la Cour.

Et cette dernière est du ressort des budgets nationaux, a jugé le représentant allemand, le secrétaire d'Etat Robert Kloos. "Dans son principe, l'aide aux démunis est une bonne chose, mais c'est le devoir des Etats nationaux".

Mais la présidence polonaise de l'UE comme la Commission ont rejeté ces arguments.

M. Ciolos a assuré avoir une solution qui permette de surmonter les objections de la Cour pour les deux ans à venir, en maintenant le financement via la PAC, avant que les fonds sociaux européens ne prennent le relais en 2014.

Les ONG ont tiré la sonnette d'alarme. En France, les Restos du Coeur, le Secours populaire, la Croix-Rouge et la Fédération française des banques alimentaires (FFBA) ont mis en garde contre "une crise humanitaire" dès 2012.

"Le problème n'est pas juridique, pas financier, le problème est politique", a souligné le ministre français Bruno Le Maire en se réjouissant que le report de la décision ait "permis d'éviter le pire".

"Nous avons un mois pour convaincre", a-t-il estimé, en promettant qu'en cas d'échec, le gouvernement français "ne laissera pas tomber les associations".

Selon M. Savicki, la question, faute d'accord d'ici là, pourrait être "soulevée" au prochain sommet des dirigeants européens, mi-octobre à Bruxelles.

© 2011 AFP
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