Le président de la République Nicolas Sarkozy à la tribune durant la clôture du 25e sommet Afrique-France, à Nice, le 1er juin 2010. 
Le président de la République Nicolas Sarkozy à la tribune durant la clôture du 25e sommet Afrique-France, à Nice, le 1er juin 2010.  - LUDOVIC-POOL/SIPA

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

La France a-t-elle toujours des liens privilégiés avec certains pays africains, dans le cadre de ce qu’on appelle la «Françafrique»?

Des liens privilégiés entre certains pays africains et la France se traduisent encore aujourd’hui dans plusieurs domaines. Il y a un lien monétaire, avec la persistance d’une zone franc, ou économique, avec la présence de grands groupes en Afrique, tels que Total, Bouygues ou France Télécom, bien que la tendance soit à la baisse, puisque ces groupes sont mondialisés et investissent largement en dehors de cette zone.

Militairement, là encore, la tendance est à la baisse, mais il reste toujours des bases militaires françaises en Afrique, comme par exemple à Dakar ou à Djibouti. De plus, la France participe encore à des opérations au Sahel, ou en Côte d’Ivoire, en donnant un appui à l’Onuci. Politiquement, la France a donné, et donne encore, son soutien à des régimes politiques où sont les droits de l’Homme peuvent être bafoués, comme aujourd’hui au Rwanda. Quant à la francophonie, c’est important pour la France, car en 2050, environ 600 millions d’Africains participeront à cette zone où le français est parlé.

Est-ce que la France a plus besoin de l’Afrique, ou est-ce le contraire?

En tout cas, l’Afrique a moins «besoin» de la France, puisqu’elle fait grand commerce avec la Chine. Pour la France, l’Afrique représente moins qu’elle n’a pu être, et pèse, aujourd’hui, pour 4% dans le commerce extérieur. Elle est importante encore, dans le sens où elle peut ramener des voix qui peuvent être utiles lors de vote aux Nations unies. Elle possède des grandes ressources énergétiques, et ce sont aussi des pays où la France a pu entraîner ses forces militaires et faire des expérimentations.

Comment analysez-vous les liens entre ces pays et la France aujourd’hui?

Il y a des réalités historiques, comme par exemple des financements occultes de campagnes électorales françaises et les réseaux de Jacques Foccart. Il y aussi des fantasmes, qui ont été alimentés par le manque de transparence et de débats parlementaires, qui auraient pu éclairer les citoyens. Concernant la présidence de Nicolas Sarkozy, il y a une volonté manifeste de rompre avec ce qui a pu exister, ce qui se traduit notamment par des renégociations d’accords. Parfois, cette volonté est réfrénée, quand il y a des appuis militaires au Sahel et en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy ne connaît pas l’Afrique. Il y a une hésitation dans le discours. D’un côté, le discours de Dakar (Sénégal) où, devant les plus grands historiens africains, le président énonce que «l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire». De l’autre, le discours au Cap (Afrique du sud), où il y a une normalisation.

Et sur le sentiment par rapport à la colonisation?

Les relations entre l’Afrique et la France sont complexes… et pas totalement décomplexées. Sur la colonisation, il y a un important travail de mémoire à effectuer, sur les effets qu’elle a pu produire. Il faut aussi la considérer comme un moment de l’histoire. Aujourd’hui, plus de 80% de la population africaine n’a pas connu la colonisation. Passer à une attitude dégagée de «post- post-colonialisme», comme je l’appelle, où les relations sont plus détachées, c’est tout à fait possible. Des pays comme l’Inde, par rapport à la Grande-Bretagne, le vivent sans problème.