L'espadrille française veut résister à l'invasion asiatique

Reuters

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La capitale de l'espadrille française tente de résister à l'invasion de produits asiatiques en pariant sur le regain de popularité de cet emblème du terroir et le cousu main.

Située à la lisière du Béarn, au pied des Pyrénées et au coeur de la Soule, l'une des sept provinces historiques du Pays Basque, Mauléon-Licharre est une ville où la fabrication de chaussures est une tradition depuis des siècles.

L'espadrille, chaussure légère en toile avec semelle en corde de chanvre tressée, est apparue dans la région au milieu du XVIIIe siècle et s'est également développée en Catalogne.

«On a connu ensuite un boum dans les années 1920-1930 lorsque les mineurs du nord de la France recevaient chaque semaine dans leur paquetage une paire d'espadrilles», raconte Jean-Pierre Errecart, 71 ans, fondateur de Prodiso, l'une des dernières entreprises du secteur à Mauléon.

La filière s'écroule quand la production démarre en Chine

Une première récession se fit sentir quand l'espadrille fut abandonnée dans les mines dans les années 1950.

Mauléon, qui a compté jusqu'à 25 entreprises et 1.600 salariés entièrement dédiés à la fabrication de 7 à 8 millions de paires, est touché. Il ne reste aujourd'hui que 80 salariés.

Toute la filière s'est écroulée dans les années 1970 quand les industriels ont décidé de produire en Asie et en Chine.

«On a vu des espadrilles arriver sur le marché à des prix excessivement bas. Pour y faire face l'erreur a été de baisser la qualité pour baisser les coûts», dit Jean-Pierre Errecart.

Aujourd'hui, le marché français serait de l'ordre de 5 à 6 millions de paires, des plus simples aux plus stylisées, mais 80% viennent d'Asie et, sur les 20% restants, on estime que près 70 à 80% continuent à être produites à Mauléon.

Le choix du cousu main

Prodiso continue de fabriquer entièrement à la main une trentaine de modèles. Donquichosse a également fait le choix du cousu main. A l'opposé, Tauzin a fait dans l'industrialisation pour répondre à la demande de la grande distribution.

Mais tous savent que le terroir, la tradition et la qualité des produits, sauveront l'espadrille de Mauléon.

Pour protéger l'origine, la marque «Mauléon» a été déposée par la collectivité et le maire se veut porteur d'un projet de «maison de l'espadrille», où les visiteurs pourront assister à l'ensemble du processus de fabrication des espadrilles.

Le dynamisme des fabricants, désormais rompus à la création de modèles les plus divers, au marketing et à la diffusion par internet pourraient faire le reste.

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