Nous faisons deux choses. La première est de retirer le haut du CV où figurent classiquement le nom, l’âge et le sexe du candidat. D’autre part, nous nous efforçons de supprimer toutes les expériences professionnelles vieilles de plus de quinze ans. Elles donnent en effet une indication trop précise sur l’âge des candidats. Et dans notre métier, les expériences depuis quinze ans sont amplement suffisantes pour analyser les compétences lors d’un recrutement.
Lorsque nous avons lancé cette expérimentation, nous savions qu’il y avait un problème – conscient ou inconscient d’ailleurs – sur le recrutement des femmes. Depuis, nous avons multiplié le nombre de femmes dans nos locaux par 2,5. C’est un bon résultat car le secteur informatique est toujours considéré comme un métier masculin.
Non, la plus grande satisfaction concerne l’âge de nos nouveaux salariés. En 2006, nous n’avions qu’une personne de plus de 50 ans (sur 250 salariés). Aujourd’hui, nous en avons huit. Et puis, surtout, nous avons multiplié par deux le nombre d’employés âgés de 40 ans ou plus. C’est drôle : les entreprises cherchent aujourd’hui à tout prix à rajeunir leur personnel alors que nous sommes dans une démarche opposée.
La loi nous interdit toujours d’établir des statistiques ethniques et donc de publier des résultats concernant l’origine des candidats. Mais il n’empêche que Norsys ne compte que 250 salariés. Je les connais donc tous. Et je peux vous assurer que le nombre de candidats issus de l’immigration a été multiplié par trois en cinq ans. Désormais, la diversité culturelle se voit dès que l’on pénètre dans nos locaux.
Je ne crois pas que ce soit aux hommes politiques de prendre ce genre de décision. Pour moi, ce sont les entreprises qui doivent d’abord innover dans leur façon de concevoir le monde de l’entreprise. Si ce sont elles qui sont à l’origine des innovations comme le CV anonyme, elles n’auront jamais à se plaindre de la mise en place ou de l’abandon d’une quelconque loi sur le sujet.