Nafissatou Diallo (à gauche) et Robin Wright, une journaliste de la chaine ABC, qui a obtenu la première interview télévisée de la femme de chambre, à une date non précisée.
Nafissatou Diallo (à gauche) et Robin Wright, une journaliste de la chaine ABC, qui a obtenu la première interview télévisée de la femme de chambre, à une date non précisée. - ABC NEWS / SIPA

«Newsweek» a décroché la première interview écrite de Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK d’avoir tenté de la violer. Cette Guinéenne de 32 ans «ne sait ni lire ni écrire» et elle a peu «d’amis proches» écrivent les journalistes. «’NafiDiallo n'est pas glamour», décrit le journal, qui évoque ses «cicatrices sur le visage dues à l’acné» mais aussi sa «silhouette sculpturale». L’hebdomadaire précise qu’elle a parfois pleuré pendant l’interview, «des larmes parfois forcées». 20Minutes fait le point sur la l'interview de Nafissatou Diallo

Pourquoi a-t-elle parlé après deux mois et demi de silence?
Elle a voulu corriger l’image que les médias ont donné d’elle récemment, celle d’une menteuse. Pour elle, elle n’a pas varié dans sa version. «Je leur ai dit ce que m’a fait cet homme. Ça n’a jamais changé. Je sais ce que cet homme m’a fait», dit-elle.  Et d’ajouter: «À cause de lui, ils me traitent de prostituée». «Je veux qu'il aille en prison. Je veux qu’il sache qu’il y a certains endroits où vous ne pouvez pas utiliser votre pouvoir ou votre argent», ajoute-t-elle. Et d’insister: «Nous sommes pauvres, mais nous sommes bons», dit-elle. «Je ne pense pas à l'argent», ajoute-t-elle encore.

Sa version des faits dans la suite 2806
Plusieurs versions circulent sur ces minutes cruciales. Nafissatou Diallo donne la sienne. Elle dit être entrée dans la chambre en criant « Bonjour, housekeeping!». Un homme - c’est ainsi qu’elle désignera DSK durant l'interview - nu aux cheveux blancs apparaît: «Je suis tellement désolée», dit la femme de chambre en voulant quitter la chambre. «Vous n’avez pas à être désolée», rétorque l’homme, qui lui a paru être «un fou». Il s’est précipité pour fermer la porter et lui a attrapé la poitrine, raconte-t-elle. «Monsieur, arrêtez-ça. Je ne veux pas perdre mon travail», lui lance-t-elle. «Vous n’allez pas le perdre», répond-il. Il la jette alors sur le lit et tente d’introduire son sexe dans sa bouche. «Je le repousse, je me lève, je tente de l’effrayer. Alors je dis qu’il y a mon responsable juste là. Mais l’homme dit qu’il n’y avait personne». Diallo le repousse et cette femme de «constitution robuste» et beaucoup plus grande que DSK, précise Newsweek, fait attention à ne pas le blesser. «Je ne veux pas lui faire de mal», dit-elle, par peur de perdre son emploi. DSK l’a ensuite attirée dans la salle de bain, où il lui a déchiré les collants et touché le vagin si fort qu’il était encore rouge à son arrivée à l’hôpital. Là, il l’a mise à genoux, a mis son sexe dans sa bouche et lui a tenu sa tête pour lui imposer une fellation. Il gémissait, se souvient-elle. «Il m'a dit: suce ma b.... Je ne veux pas dire ce mot».

Le rapport de l'hôpital où Diallo a été admise a précisé qu’elle a senti «quelque chose d’humide et âcre dans sa bouche». Alors, raconte-t-elle, «j’ai craché, j’ai couru, j’ai fui, je ne me suis pas retournée, j’ai couru dans le couloir. J’étais très nerveuse, j’avais peur. Je ne voulais pas perdre mon travail». Cachée dans le couloir, elle a attendu le départ de «l’homme». En sortant de la chambre, DSK croise son regard, sans rien dire, précise-t-elle.

Après l’agression
Au total, l’agression présumée a duré une quinzaine de minutes, selon elle. Toujours dans le couloir, elle va dans la suite 2820, attenante à la 2826 où elle a été agressée, car elle y a oublié son matériel de nettoyage. «Désorientée, elle semble avoir cherché une sorte de réconfort dans la reprise de sa routine», écrit le journal. «Je suis allé dans la chambre, je dois nettoyer», explique-t-elle. C’est cette version qui est accréditée par les relevé des cartes magnétiques et c’est sur ce point qu’elle a menti devant le Grand Jury selon Cyrus Vance, ce qu’elle conteste. Un de ses responsables la trouve dans le couloir et lui demande ce qu’il se passe. «Si quelqu’un essaye de te violer, tu fais quoi?», lui demande Nafissatou Diallo. La responsable répond: «Le client est un invité VIP mais je m’en fiche». Un autre responsable arrive, puis deux vigiles. L’un deux dit: «A ta place, j’appellerais la police ». Vers 13h30, soit quasiment une heure après l’agression supposée, la police est appelée.

Quand elle a identifié «l’homme»...
Le lendemain du dépôt de sa plainte, Nafissatou Diallo regarde les infos. «Ils disent que cet homme (…), il va être le prochain président de la France. Et je pense qu’ils vont me tuer». Alors, explique-t-elle, le téléphone n’arrête pas de sonner: les journalistes ont trouvé son numéro, d’autres sont devant chez elle. Elle prépare sa fille: «Maintenant, tout le monde va dire de mauvaises choses sur moi».  «Je sais qu’un jour la vérité sortira», lui répond-elle. Elle identifie le lendemain DSK dans les bureaux de la police, «le cœur serré». Cette version confirme donc qu’elle savait bien qui était «l’homme» lors de l'identification officielle, mais pas au moment des faits présumée. Elle a ensuite été protégée pendant quasiment deux mois par la police, ne pouvant aller récupérer quelques affaires que récemment.

Le coup de fil à son «ami» 
Le 1er juillet, le New York Times a révélé que Nafissatou Diallo a parlé ce détenu dans l’Arizona, présenté par la presse française comme son époux, et que la traduction de cette conversation en peul signifiait: «Je sais ce que je fais (…) Cet homme a beaucoup d’argent». Ce qui avait grandement contribué à la décrédibiliser auprès du procureur. Selon Newsweek, la traduction a été depuis affinée et le sens serait quelque peu différent. Amara Tarawally, le détenu, a lui assuré que la citation était sortie du contexte. Nafissatou Diallo affirme désormais qu’elle a coupé les ponts avec lui puisqu’elle dit que c’est lui qui s’est servi de ses comptes, sans rien lui dire, pour faire des transferts d’argents. «Je lui faisais confiance», dit-elle aujourd’hui. Elle dit qu'il a eu accès à ses comptes en échange de faux sacs de marque. «Six ou sept. Ils n'étaient pas de très bonne qualité.»

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