Crise humanitaire en Afrique: «L'état de la population est inquiétant», estime Marie-Pierre Allié

INTERVIEW La présidente de Médecins sans frontières (MSF) considère que la situation dans la Corne de l'Afrique est très fragile...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

— 

Des habitants du Sud de la Somalie en attente de recevoir des aides dans un camp de Mogadiscio, le 16 juillet 2011.

Des habitants du Sud de la Somalie en attente de recevoir des aides dans un camp de Mogadiscio, le 16 juillet 2011. — AP Photo/Farah Abdi Warsameh

Comment en est-on arrivé à une catastrophe humanitaire en Afrique de l’Ouest?

Cette crise est née de deux facteurs. Tout d’abord, la sécheresse sévit dans toute la Corne de l’Afrique depuis deux ans. Cette sécheresse est couplée à un conflit en Somalie, qui dure depuis plus de 20 ans. Ces deux facteurs ont détérioré la situation, les prix ont explosé, ce qui rend l’accès à la nourriture très difficile.

Sur le terrain, comment se portent les populations?

Les populations fuient la Somalie et se regroupent en Ethiopie et au Kenya. Dans ce dernier pays, on observe de grands rassemblements dans le Nord. En un mois, de juin à juillet, il y a eu un afflux de 40.000 personnes dans la région de Dadaab, au nord-est, ce qui porte à 400.000 le nombre de réfugiés. Dans ces régions, on manque de place et d’infrastructures pour accueillir autant de monde.

D’autant que les populations qui arrivent sont dans un état inquiétant, marqué par la malnutrition. Celle-ci touche fortement les enfants de moins de cinq ans, mais aussi les enfants plus âgés. Cependant, la situation s’améliore avec l’ouverture de nouveaux camps.

Où travaille MSF dans cette région?

MSF travaille au Kenya, en Ethiopie, et avec des équipes locales au sein même de la Somalie, où la situation est difficile à cause du conflit. Les équipes travaillent sur la santé et la lutte contre la malnutrition.

Que pensez-vous de la prise de conscience internationale, avec la programmation de réunions multipartites?

C’est une bonne chose, car le niveau d’assistance est aujourd’hui faible et les populations ont besoin d’être soutenues. Celles-ci ont prioritairement besoin de nourriture et d’eau. Ensuite, il y a la situation politique au sein même de la Somalie. Il y très difficile d’intervenir. Seules des négociations avec les parties en présence pourront améliorer cette situation, ce qui demande du temps et des efforts.

Si je donne à MSF, mon don ira-t-il aux opérations en Afrique de l’Ouest?

Notre politique est de ne pas affecter les dons, ce qui veut dire que lorsque vous donnez, cela servira à toutes les urgences. Financé à 95% par les dons privés, cette politique de non-affectation des dons nous permet d’avoir une capacité de réaction rapide. C’est l’urgence qui nous guide. Après avoir mené des opérations en Côte d’Ivoire, nous travaillons également en Libye.

Mots-clés :